Les arguments des anti-nucléaire passés au crible

ENERGIE Deux experts indépendants répondent aux arguments des anti-nucléaire...

A.C.

— 

Manifestation devant la centrale de Bugey le 15 mars 2011.
Manifestation devant la centrale de Bugey le 15 mars 2011. — FAYOLLE PASCAL/SIPA

Après l’accident dans la centrale de Fukushima au Japon, les débats repartent entre les pro et les anti-nucléaire en France. Pour prendre du recul sur les arguments idéologiques, 20minutes.fr a interrogé deux experts indépendants : Yves Marignac, consultant et directeur du service d’études et d’information sur l’énergie WISE-Paris, et Jean-Marc Jancovici, ingénieur spécialisé dans le climat et l’énergie au cabinet Carbone 4.

Il est faux de dire que le nucléaire n’émet pas de CO2 (extraction d’uranium, transport des déchets,…).

Yves Marignac: «Le réacteur, quand il tourne, n’émet pas de carbone mais il faut du béton, des transports… Il y a du carbone caché. Ca ne représente pas autant que les énergies fossiles et le problème se pose aussi pour les renouvelables.»

Ce n’est pas une énergie durable puisque l’uranium est en quantité limitée.

 Jean-Marc Jancovici: «Les centrales actuelles ne savent "brûler" que de l'Uranium 235, peu abondant dans la nature sous forme exploitable. Avec la technologie actuelle, le nucléaire dispose de ressources qui sont du même ordre de grandeur que les réserves de pétrole, mais guère plus. Mais une autre filière permettrait de contourner ce problème: la surgénération, qui utilise des éléments dits "fertiles",  bien plus abondants que l'Uranium 235. Nous aurions alors quelques millénaires devant nous.»

Le nucléaire ne permet pas d’être indépendant énergétiquement.

Jean-Marc Jancovici : «Admettons qu'aujourd'hui nous n'ayons plus de nucléaire. Aucune combinaison d'énergies renouvelables ne pouvant fournir la consommation actuelle de la France (et il s'en faut de beaucoup), cela signifie que notre société dépendrait essentiellement du gaz, du charbon et du pétrole, tous importés en quasi-totalité».

Le nucléaire est trop dangereux (accidents, déchets, prolifération militaire,).

Jean-Marc Jancovici : «La majeure pays des pays qui ont des centrales nucléaires ont eu la bombe avant d'avoir disposé du nucléaire civil. Le risque de voir des centrales civiles mises au service de la prolifération militaire est donc faible. Les accidents liés au nucléaire civil, Tchernobyl compris, ont fait quelques dizaines de "morts immédiats" en 30 ans. Dans le même temps, les raffineries et les oléoducs en ont tué quelques milliers et l'industrie chimique au moins autant. Quant aux déchets, le nucléaire n'a pas le monopole: tous les modes de production d'électricité en font! Lorsque l'électricité est produite à partir de combustibles fossiles, le déchet s'appelle entre autres le CO2. A tout prendre, qu'est-ce qui est préférable: avoir des déchets solides (nucléaires), que l'on peut mettre dans une poubelle (la Hague), et surveiller, ou avoir des déchets gazeux (le CO2), qui, dès qu'il part dans l'atmosphère, échappe à tout contrôle, et est susceptible d'engendrer des conséquences globales et irréversibles sur des milliers d'années?»  

La France est une exception (80% de l’électricité produite est issue du nucléaire) et pas forcément un modèle.

Yves Marignac: «Ca fait très longtemps que la France essaye d’exporter son modèle et qu’elle reste une exception…»

Jean-Marc Jancovici : Il est parfaitement exact que la production française d'électricité fait appel au nucléaire dans des proportions que l'on trouve rarement ailleurs. Mais être hors de la norme ne signifie pas que l'on ait tort ou raison de ce seul fait. Tout dépend des circonstances...»