Les arguments des pro-nucléaire passés au crible

ENERGIE Deux experts indépendants répondent aux arguments des pro-nucléaire...

A.C.

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L'usine Eurodif d'enrichissement d'uranium d'Areva dans la Drôme en avril 2009.
L'usine Eurodif d'enrichissement d'uranium d'Areva dans la Drôme en avril 2009. — FOURMY MARIO/SIPA

Après l’accident dans la centrale de Fukushima au Japon, les débats repartent entre les pro et les anti-nucléaire en France. Pour prendre du recul sur les arguments idéologiques, 20minutes.fr a interrogé deux experts indépendants : Yves Marignac, consultant et directeur du service d’études et d’information sur l’énergie WISE-Paris, et Jean-Marc Jancovici, ingénieur spécialisé dans le climat et l’énergie au cabinet Carbone 4.

Eliminer le nucléaire augmenterait le recours aux énergies fossiles.

Yves Marignac: «Non pas nécessairement. On peut tout à fait remplacer les réacteurs par des énergies renouvelables, mais pas du jour au lendemain. Une fermeture immédiate imposerait de recourir aux fossiles, mais si on se donne le temps, on peut développer les renouvelables et agir sur la consommation d’énergie».

Jean-Marc Jancovici: «Remplacer une centrale nucléaire par l'énergie du vent impose de construire quelques milliers d'éoliennes ET de construire des centrales à énergie fossile ou des barrages pour les jours ou les heures sans vent. Est-ce un bon arbitrage?»

Le nucléaire n’est pas une énergie plus dangereuse qu’une autre si on fait le bilan des accidents dans le monde

Jean-Marc Jancovici : «La bonne question ne me semble pas être de savoir si le nucléaire "est dangereux", mais s'il est plus ou moins dangereux que nos autres activités industrielles. Il est moins dangereux que la chimie, de très loin, comme l'attestent des statistiques des Nations Unies, et que le pétrole et le charbon qui font plus de morts selon les statistiques de l’Organisation mondiale de la santé.»

Pour se passer de nucléaire, il faudrait faire des économies d’énergie importantes (diviser par deux la consommation française) qui ne seront pas acceptées par la population.

Yves Marignac: «Il faut faire des économies d’énergie, que l’on fasse du nucléaire ou pas. Mais réduire la consommation n’est pas la même chose que réduire le confort énergétique. Nous avons des réserves d’énergie non consommée à travers les gaspillages (éclairages nocturnes, logements trop chauffés, etc) et il y a des réserves d’efficacité également. On pourrait, en France, réduire d’au moins un quart la consommation d’électricité sans changer notre confort électrique».

Les énergies renouvelables n’ont pas un rendement suffisant pour assurer un maintien de la consommation

Yves Marignac: «Chaque production d’énergie renouvelable est variable mais pas intermittente au sens où le sont les réacteurs nucléaires qui enlèvent une production très importante du réseau quand ils s’arrêtent. Les solutions sont dans la complémentarité et la mutualisation des productions, entre éolien, photovoltaïque et biomasse qui ensemble peuvent assurer une production régulière répondant à une forte demande.»

Jean-Marc Jancovici: «L'énergie abondante omniprésente ne pourra pas subsister avec juste des renouvelables

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