Face au Japon, la Chine s'inquiète et va inspecter ses centrales nucléaires

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La Chine a ordonné mercredi une inspection générale de ses centrales nucléaires, parmi d'autres mesures d'urgence censées répondre à l'inquiétude croissante de la population face aux rejets radioactifs de la centrale japonaise de Fukushima.

Les réacteurs nippons en proie à une cascade d'explosions et d'incendies sont situés à seulement 1.000 kilomètres de la province chinoise du Jilin (nord-est) et à 2.000 kilomètres de la capitale Pékin.

A l'issue d'une réunion présidée par le Premier ministre Wen Jiabao, le Conseil des Affaires d'Etat (gouvernement) a annoncé "une inspection immédiate et complète de la sécurité des infrastructures nucléaires en Chine", un "renforcement de l'encadrement chargé de la sécurité", une "suspension temporaire d'approbation des projets nucléaires" et "un examen exhaustif des centrales nucléaires en construction".

La Chine compte treize réacteurs nucléaires et environ 40% des centrales en chantier dans le monde.

Le Conseil a aussi affirmé que le pays n'était "pas affecté" par les émissions radioactives échappées de Fukushima, centrale endommagée par le très puissant séisme et le tsunami dévastateur de vendredi dernier.

Mais, pour la population chinoise habituée au manque de transparence de ses dirigeants en cas de catastrophe environnementale, les craintes d'être touchée par un nuage contaminant sont fortes, véhiculées par le Net et les SMS.

Le terme "fuite nucléaire" était censuré mercredi sur le principal site de micro-blogging en Chine, celui de sina.com, vraisemblablement pour tenter d'éviter un emballement. Le danger radioactif était toutefois le sujet le plus débattu dans les forums de discussion.

Les microblogs sont un moyen particulièrement prisé des très nombreux internautes chinois pour diffuser les informations dans un pays où la presse est muselée.

Des messages catastrophistes exhortaient par exemple à ne pas sortir en cas de pluie et à porter des vêtements de protection.

Des contributions conseillaient la "prudence" aux mères qui auraient prévu d'acheter du lait en poudre venant du Japon. D'autres enfin appelaient à consommer de l'iode, censée éviter la fixation des particules nocives sur la thyroïde.

L'avalanche de messages anxieux a d'ailleurs conduit Sina, géant de l'internet chinois, à diffuser mardi à ses abonnés un "avis de réfutation des rumeurs".

Pékin a par ailleurs demandé aux autorités portuaires et aéroportuaires de renforcer leur vigilance sur les biens et les personnes entrant en Chine qui auraient pu être exposés à des radiations.

Les services douaniers des aéroports de Shanghai et de Pékin, deuxième le plus fréquenté au monde, ont indiqué que des contrôles de radioactivité étaient effectués sur les voyageurs à l'arrivée.

Le gouvernement a poursuivi mercredi l'évacuation des zones sinistrées des ressortissants chinois, qui disposent de la possibilité d'un rapatriement en Chine.

L'ambassade de Chine au Japon a dépêché des agents et des autocars dans des préfectures touchées par le séisme.

Les compagnies aériennes China Southern et China Eastern ont prévu des avions supplémentaires pour les opérations de rapatriement.

Et, tout en annulant "pour des raisons de sécurité" plusieurs de ses vols vers le Japon, la compagnie nationale Air China y a envoyé des avions de plus grande capacité, afin de ramener davantage de monde.

Deux navires, pouvant transporter ensemble 4.000 passagers, devaient quitter mercredi le port de Yantai vers le Japon, a aussi indiqué la radio nationale chinoise.

Quelque 33.000 Chinois, dont des milliers d'étudiants, résident dans cinq préfectures sinistrées du nord-est du Japon, selon l'agence Nouvelles de Chine.