Réactions en chaîne autour de Fessenheim après l'accident nucléaire au Japon

NUCLEAIRE La polémique sur la doyenne des centrales françaises, qui plus est située elle aussi sur une faille sismique, est relancée…

A Strasbourg, Philippe Wendling

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L'une des deux unités de production de la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin) est maintenue à l'arrêt depuis samedi en raison d'un problème d'étanchéité qui a provoqué deux incidents mineurs, a-t-elle annoncé jeudi la direction dans sa lettre hebdomadaire.
L'une des deux unités de production de la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin) est maintenue à l'arrêt depuis samedi en raison d'un problème d'étanchéité qui a provoqué deux incidents mineurs, a-t-elle annoncé jeudi la direction dans sa lettre hebdomadaire. — Olivier Morin AFP/Archives

«La centrale nucléaire de Fukushima présente une double similitude avec la centrale de Fessenheim. Toutes deux ont été construites dans les années 1970 et toutes deux se situent dans une zone sismique. Il n’est pas raisonnable de conserver un tel niveau de risque nucléaire sur notre territoire. Nous demandons que soit programmé son arrêt définitif. » À l’instar des écologistes indépendants (IDEES) Pierre Schweitzer et Lucia d’Apote, de nombreuses voix s’élèvent depuis le séisme au Japon pour obtenir la neutralisation de la doyenne du parc nucléaire français.

Située sur les bords du Rhin, non loin de Mulhouse, la centrale fonctionne depuis 1977. A son ouverture, sa durée de vie était fixée pour trente ans. Elle pourrait pourtant être opérationnelle plus de quarante ans. A la suite d’une visite décennale en 2009, l’Autorité de sûreté nucléaire doit prochainement (normalement en avril) se prononcer sur la possibilité d’exploiter dix ans de plus son réacteur n°1., moyennant des travaux de l’ordre de 200 millions d’euros pour EDF. Le second réacteur devrait être inspecté dans les prochaines semaines.

«Dimensionnée pour résister»

Maintenir l’activité du site plus longtemps est une «aberration», selon Jean-Marie Brom, physicien et porte-parole du réseau «Sortir du nucléaire». Pour lui, l’Alsace étant située sur une faille, «en cas de séisme majeur, il est plus que probable que les conséquences sur Fessenheim soient les mêmes que pour Fukushima. Des mesures de précautions ont été prises, mais elles sont à mon avis insuffisantes.»

La ministre de l’Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet estime au contraire dans Le Parisien que «la centrale a été dimensionnée pour résister à un séisme d’une puissance cinq fois supérieure au tremblement de terre le plus important jamais survenu dans cette zone, qui s’était produit en 1356 à Bâle.»

Le 9 mars dernier, saisi par l'Association trinationale de protection nucléaire, un collectif regroupant des Suisses, des Français et des Allemands, le tribunal administratif de Strasbourg avait estimé que, juridiquement, rien n’obligeait EDF à cesser l’exploitation de Fessenheim. Les juges notaient, néanmoins, que les incidents se multipliaient sur le site. «Ils sont peu nombreux et d’un niveau de gravité très faible, rétorquait lors d’une audience en février EDF. On appelle cela des anomalies, des écarts. La question de la sécurité est examinée très régulièrement.» Pour Jean-Marie Brom, les choses sont claires: «Comment la France pourrait vendre ses centrales à l'étranger, tout en reconnaissant qu'elles ne sont plus fiables après trente ans? »