Centrales nucléaires japonaises: Que va-t-il se passer?

NUCLEAIRE Les différents scénarios pour les prochains jours...

A.C.
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Des experts sanitaires examinent des enfants pour vérifier s'ils montrent des signes de radiation, près de la centrale de Fukushima Daini, à Koriyama, le 13 mars 2011.
Des experts sanitaires examinent des enfants pour vérifier s'ils montrent des signes de radiation, près de la centrale de Fukushima Daini, à Koriyama, le 13 mars 2011. — REUTERS/Kim Kyung-Hoon

Après les premières mesures prises en urgence pour refroidir les réacteurs des centrales nucléaires japonaises, que peut-il se passer dans les prochains jours? Du pire scénario au plus optimiste, le point sur les risques encourus par la population japonaise.

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Le scénario du pire: une fusion du cœur

Si le refroidissement des réacteurs nucléaires échoue, leur cœur pourrait fondre. Les combustibles hautement radioactifs pourraient alors s’échapper de la cuve et de l’enceinte de confinement. Une contamination locale serait à craindre et pourrait se disperser dans les régions environnantes en fonction du vent. Cette contamination, encore difficile à prédire, pourrait être forte en raison des combustibles utilisés: «Le réacteur n°3 fonctionne avec un combustible particulièrement dangereux, le Mox, explique Sophia Majnoni, de Greenpeace France. Les conséquences restent à déterminer, mais elles peuvent être dramatiques».

«Pour protéger les civils, on dispose de trois armes: l’évacuation, le confinement et l’iode», a expliqué à l’AFP le professeur Patrick Gourmelon, directeur de la radioprotection de l’homme à l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN). Pour les populations exposées aux radiations, la seule solution pour éviter de développer des cancers de la thyroïde est l’iode: «Ce produit très volatile se jette littéralement sur la thyroïde: en essayant de saturer l'organe avec de l'iode sain on prend de vitesse l'iode radioactif qu'on empêche de s'installer», explique Patrick Gourmelon.

Le scénario intermédiaire: le refroidissement prend du temps mais réussit

C’est ce qui se passe actuellement. Les systèmes de refroidissement normaux étant hors d’usage, les Japonais tentent tant bien que mal de refroidir les réacteurs, notamment en injectant de l’eau de mer. Mais il leur faut aussi dépressuriser les cuves, dans lesquelles la vapeur d’eau s’accumule. C’est ainsi que des substances radioactives ont été relâchées dans l’air et pourraient l’être encore à Fukushima et dans les autres centrales. Dans ce cas, seuls les experts intervenant dans les centrales et les pompiers encourent un risque mortel.

Selon l’IRSN, les vapeurs relâchées contiennent un millisievert par heure (mSv/h), ce qui correspond à un rejet « très important dans l’environnement». Douze heures plus tard, le débit de dose aurait encore été de 0,040 mSv/h. Les évacuations éviteront les fortes contaminations mais les risques pourraient surtout se faire sentir à long-terme, notamment à cause de la contamination des terres agricoles et du bétail: «L'ingestion d'aliments contaminés représente de sérieux risques pour la santé. Si les normes de contamination en venaient à être dépassées, toute la production alimentaire devra être détruite», écrit Michèle Rivasi, députée européenne et fondatrice de la Criirad (Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité).  

Le scénario optimiste : le refroidissement marche

Si tout se passe bien, le refroidissement des réacteurs grâce à l’eau de mer, qui pourrait prendre au moins une semaine, permettra d’éviter toute fusion du cœur et de retrouver une situation «normale». Les centrales ne pourront certainement plus être redémarrées à cause de l’eau de mer corrosive. Les risques pour la population ne seront pas plus élevés qu’à l’heure actuelle, mais «on manque encore de données fiables sur la radioactivité dégagée», précise Bertrand Barré, retraité du CEA (Commissariat à l’énergie atomique).