Le débat sur le nucléaire réveillé en France par l'accident de Fukushima

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L'accident de Fukushima au Japon a brusquement remis sur le tapis le débat sur la sûreté du parc nucléaire français, plusieurs responsables politiques réclamant a minima plus de "transparence" sur ces questions, alors que le gouvernement tentait de se montrer rassurant.

Après une réunion dimanche avec six ministres et les responsables de la filière, François Fillon a souligné "la préoccupation du gouvernement français face aux événements survenus dans des centrales nucléaires japonaises".

Soulignant que la France était elle-même en pointe dans ce secteur, il a insisté sur le fait que celle-ci "a toujours privilégié le niveau maximum de sécurité dans la construction et l'exploitation de ses installations".

Toutefois, les autorités "seront attentives à tirer les enseignements utiles des événements japonais", a promis le Premier ministre.

Au même moment, environ 300 personnes, dont plusieurs personnalités écologistes et de gauche, étaient rassemblées à Paris, beaucoup prenant pour cible le ministre de l'Industrie Eric Besson, accusé d'avoir été un peu vite en besogne la veille en assurant que l'accident japonais n'était "pas une catastrophe nucléaire" et n'avait "rien à voir avec Tchernobyl".

"Oser dire que les accidents nucléaires ont été pensés, intégrés dans la construction de nos centrales nucléaires (françaises) est scandaleux", déplorait Eva Joly (EELV), reprenant d'autres propos tenus par le ministre.

A ses côtés, Dominique Voynet, ancienne ministre Verte de l'Environnement, jugeait également "révoltante" la communication gouvernementale, estimant que ce qui se passe au Japon "peut très bien arriver en France".

Avec le président du Parti de gauche Jean-Luc Mélenchon et les dizaines d'anonymes réunis avec eux sur le parvis du Trocadéro, ils ont allumé des bougies et déployé le long du mur qui se dresse face à la tour Eiffel une immense banderole sur laquelle on pouvait lire: "Le nucléaire tue l'avenir".

"Dénoncer, comme vient de le faire M. Besson, le +catastrophisme+ de ceux qui s'inquiètent des conséquences des accidents nucléaires au Japon n'est pas responsable de la part d'un ministre", a de son côté jugé le PS. "En France, nous avons tout à la fois, des centrales nucléaires construites sur des failles et des centrales vieillissantes", a-t-il ajouté.

Sur le même ton, le Parti communiste a demandé "l'audition de l'Autorité de Sûreté nucléaire et de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire", pour répondre à "l'inquiétude" des Français.

Depuis l'Amérique du Nord où il est en tournage, l'écologiste Nicolas Hulot, qui réfléchit à une candidature à la présidentielle de 2012, a estimé que le nucléaire devait faire l'objet "a minima d'un référendum".

Le président du MoDem François Bayrou a lui aussi prôné une "transparence absolue sur les facteurs de risque qui existent sur nos centrales nucléaires".

"Les propos officiels" lors d'accidents de ce type "reflètent rarement la réalité comme elle est", a encore dit M. Bayrou, qui a aussi jugé qu'en France le monde du nucléaire "a beaucoup cultivé le secret".

Dans ce concert d'inquiétudes, seul le patron de l'UMP Jean-François Copé a regretté la "manière assez indécente" dont les Verts "se saisissent de cette opportunité" pour dénoncer les options énergétiques de la France.

"En aucun cas", ces accidents doivent remettre en cause les "choix stratégiques" du pays en matière d'énergie, a-t-il dit.

Le parc nucléaire français, le deuxième au monde, compte 58 réacteurs répartis sur 19 sites, et fournit environ 75% de l'électricité du pays.