Les pomiculteurs relaxés au bénéfice du doute

JUSTICE Ils étaient accusés d'avoir épandu des pesticides dans des conditions de vent qui auraient transporté les produits jusqu'aux maisons voisines...

Audrey Chauvet

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Un arboriculteur traite ses pommiers en fleurs le 9 avril 2008 à Lamanon, dans les Bouches-du-Rhône.
Un arboriculteur traite ses pommiers en fleurs le 9 avril 2008 à Lamanon, dans les Bouches-du-Rhône. — AFP PHOTO / BORIS HORVAT

Ce devait être le procès «électrochoc» contre les dangers des pesticides. La justice en a décidé autrement : les trois pomiculteurs corréziens accusés d’avoir illégalement pulvérisé des pesticides sur leurs pommiers alors que le vent était supérieur à 20km/h ont été relaxés par le tribunal de Brive jeudi.  Les magistrats ont accordé aux accusés «le bénéfice du doute» : les relevés météorologiques ont été jugés «insuffisants».

«Les relevés de Météo France pour les jours cités ont été remis en question, explique à 20minutes.fr Nadine Lauverjat, de l’association Générations futures, qui a soutenu les plaignants. On connaît la force du vent ces jours-là, on était proche de 30km/h, mais visiblement les relevés météo sont contestables.»

Les associations ne baissent pas les bras

Interrogé par 20minutes.fr en janvier, juste avant le procès, Fabrice Micouraud, vice-président de l’association plaignante Allassac-ONGF (Oeuvrons pour la nature et les générations futures), expliquait les raisons de l’action en justice: «On en avait marre de voir les façades de nos maisons aspergées de pesticides, de se faire arroser en se promenant dans les chemins. Il a été établi que des pulvérisations avaient été faites avec un vent de plus de 75km/h», expliquait-il. Or, la loi interdit les pulvérisations de pesticides lorsque la force du vent est supérieure à trois sur l’échelle de Beaufort (plus de 20km/h).  Du côté des pomiculteurs, on niait de telles pratiques: «Je n’aurais aucun intérêt à poursuivre un traitement en cas de vent: ces produits coûtent cher, on ne va pas s’amuser à les gaspiller. S’il y avait eu du vent, j’aurais stoppé mon traitement et je l’aurais repris ultérieurement», expliquait Clément Duviallard, un des trois pomiculteurs accusés, à 20minutes.fr.

Pour Fabrice Micouraud, tout n’est pas perdu: «Cette action a permis un début de dialogue avec les instances officielles et de mettre le débat des pesticides sur la place publique», déclare-t-il dans un communiqué. Chez Générations futures, fer de lance de la lutte contre les pesticides, on assure que ce jugement ne remet pas en cause les actions futures et que d’autres plaintes sont en cours d’instruction: «Des milliers de personnes sont potentiellement concernées par des expositions aux pesticides agricoles dont on connaît les risques sanitaires associés», déclare François Veillerette, porte-parole de Générations futures, qui demande la mise en place de zones de protection pour les particuliers vivant à proximité des zones traitées.