Pour le président du syndicat des énergies renouvelables, «la concertation sur le photovoltaïque n'a servi à rien»

ENERGIE Le nouveau cadre législatif de l’électricité photovoltaïque entre en vigueur ce mardi. Les professionnels craignent de ne pas s’en relever…

Mickaël Bosredon

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Les nouveaux tarifs de rachat de l'électricité photovoltaïque inquiètent les professionnels
Les nouveaux tarifs de rachat de l'électricité photovoltaïque inquiètent les professionnels — M. GILE / SIPA

Pour les professionnels du solaire, le réveil semble difficile. Le moratoire décidé par le gouvernement en décembre dernier est terminé, le décret sur le nouveau cadre de régulation du photovoltaïque a été publié au Journal Officiel le 5 mars. Et les nouveaux tarifs de rachat de l’électricité photovoltaïque par EDF entrent en vigueur ce mardi. Pour les particuliers qui voudraient se faire installer des panneaux sur leur toiture, le tarif passe de 0,58 € le kWh à 0,46 €. Soit une baisse de 20%. «Qui plus est, une diminution automatique des tarifs aura lieu à chaque trimestre, et pourra aller jusqu’à 9,5% en fonction du volume dans la file d’attente (nombre de projets en attente de raccordement au réseau ERDF, NDLR)» s’inquiète Jean-Louis Bal, président du SER (Syndicat des énergies renouvelables). Il participait ce mardi à Paris à un débat organisé par Enerpresse.

«Ce tarif sera déjà très limite à faire accepter aux particuliers. Alors quand il descendra à 0,41 € on ne pourra plus rien leur vendre» assure Franck Chevrel, PDG de France Panneaux Solaires, une PME de 200 personnes basée à Vannes. Contacté par 20minutes.fr, l’entrepreneur dit avoir fait une croix sur le photovoltaïque. «Nous avons commencé notre diversification, nous allons nous tourner vers le chauffage et l’isolation des maisons. Heureusement sinon les banques ne nous suivraient plus.»

12.000 emplois menacés à l’horizon 2012

Le moratoire, les baisses de tarifs  -il y en avait déjà eu deux en 2010- les incertitudes autour du secteur, «ont fait s’effondrer le marché de 30 à 40% ces derniers mois, en raison du manque de confiance à l’encontre de la filière» assure Jean-Louis Bal. «La moitié des 25.000 emplois de la filière est en péril à l’horizon 2012.» 2011 devrait offir un sursis aux professionnels, car plusieurs projets lancés en 2010, et suspendus le temps du moratoire, devraient voir le jour ces prochains mois.

En ce qui concerne les grosses installations de plus de 100 kW, une procédure d’appel d’offre sera obligatoire. «Mais il faudra patienter jusqu’en 2012 pour connaître toutes les modalités. Comment voulez-vous que les banques suivent des entreprises qui ont des projets en cours?» déplore Arnaud Gossement, avocat en droit de l’environnement.

Emballement en 2010

«Cette concertation n’a servi à rien» dénonce Jean-Louis Bal. L’arrêté ne tient pas compte de ce qu’ont dit les professionnels durant les débats, qui ont pourtant proposé un scénario de production annuelle de 800 à 1.000 MW, tout en maintenant la dépense publique.» Le Premier ministre, puisque c’est Matignon qui a pris les décisions dans ce dossier, a lui tranché pour limiter à 500 MW par an la production française. «Un manque d’ambition» pour les professionnels. Une parenthèse nécessaire, pour ERDF. «2010 a été l’année de l’envolée des demandes: nous avons mis en service plus de 600 MW, soit à peu près 100.000 installations» indique Marc Bussieras, Directeur général. «Rien qu’au mois d’août la demande de raccordement au réseau atteignait les 2.000 MW. Nous étions en train de décrocher…» «Il y a eu un emballement de la filière de 2006 à aujourd’hui, reconnaît Franck Chevrel. Mais nous étions plusieurs professionnels à nous en inquiéter. Le gouvernement n’a rien fait, et aujourd’hui c’est l’arrêt brutal.»

Tahar Melliti, conseiller-énergie au Commissariat général à l’Investissement, estime de son côté qu’il faut regarder devant. «Les tarifs vont baisser, il faut donc baisser les coûts de production. Pour cela il faut miser sur l’innovation.» Un peu plus de 5 milliards d’euros seront consacrés au développement durable dans le cadre des «investissements d’avenir».

L’objectif de 23% d’énergies renouvelables en France en 2020 est par ailleurs toujours maintenu, tout comme l’obligation de construire des bâtiments à énergie positive à partir de 2021. Le photovoltaïque aura son rôle à jouer. De là à  penser qu’un nouveau cadre législatif voit le jour d’ici là pour relancer la machine...