L'île d'Ouessant se branche sur le courant marin

ENERGIE L'île sera alimentée en électricité grâce à des hydroliennes...

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L'île d'Ouessant.
L'île d'Ouessant. — AFP PHOTO FRED TANNEAU

L'île d'Ouessant va se brancher sur la mer: un projet d'hydrolienne, cousine sous-marine des éoliennes, a trouvé les financements nécessaires pour relayer une coûteuse centrale électrique au fuel, grâce à un puissant courant au large du Finistère. L'hydrolienne Sabella D10 équipée d'une hélice de 10 mètres de diamètre sera installée début 2012 dans le Fromveur, redoutable courant de marée dont la vitesse peut atteindre 9 noeuds (plus de 16 km/h). «Ce premier exemplaire qui sera testé pendant un an, coûte 9 millions d'euros» dont près de la moitié pour la machine elle-même, explique Jean-François Daviau, PDG de Sabella SAS qui vient de toucher une aide de l'Etat de 3,5 millions d'euros pour le projet. «Une tête de série est toujours chère en raison du coût de développement de la technologie», dit-il.

40% de la consommation d’électricité assurée

Actionné par le flux et le reflux du Fromveur, le générateur de l'hydrolienne connecté au réseau électrique de l'île en accord avec la filiale d'EDF Electricité réseau de France (ERDF), fournira jusqu'à 500 mégawatt (MW) que la centrale électrique thermique de l'île n'aura pas à produire. Sauf durant l'étale de basse et de pleine mer où le courant marin diminue très fortement, nuance Jean-François Daviau. A ce moment, les générateurs au fuel de la centrale tourneront normalement pour assurer le volume de production électrique nécessaire. «Les 500 MW de Sabella représenteront environ 40% de la consommation de l'île», souligne Jean-François Daviau, précisant qu'en période touristique, la consommation passe de 1.000 MW à 2.000 MW.

A terme, trois autres machines devraient rejoindre la première Sabella dans le cadre du projet de ferme hydrolienne «Eussabella» (du nom de l'île en Breton, Eussa). «Une montée en puissance pour diminuer la consommation des groupes» de la centrale thermique, explique Jean-François Daviau. Les concepteurs envisagent même de stocker le surplus d'énergie sous forme gazeuse avant de le réacheminer, en fonction des besoins énergétiques, vers une turbine pour produire à nouveau d e l'électricité.«C'est une solution énergétique d'avenir, respectueuse de l'environnement. Cette énergie de proximité n'est pas un gadget, mais un vrai projet de développement», s'enthousiasme le maire d'Ouessant Denis Palluel.

Trop de vent pour les éoliennes

Située à quinze kilomètres du continent, l'île d'Ouessant, comme ses voisines Molène et Sein, dans le Finistère sud, n'a jamais été reliée au réseau EDF, les fonds marins accidentés ne permettant pas d'immerger un câble, selon Electricité de France. Les groupes diesel de la centrale d'Ouessant engloutissent 1,8 million de litres de fuel par an pour fournir des kilowatts à un prix de revient entre deux et quatre fois plus élevé que sur le continent, selon le Service électrique insulaire (SEI), filiale d'EDF qui gère les réseaux autonomes des îles métropolitaines et ultramarines.

A la fin des années 1970, le centre d'étude EDF de Lannion dans les Côtes-d'Armor qui cogitait sur énergies renouvelables, avait installé deux éoliennes terrestres de fabrication française sur l'île battue par les vents. Mais l'expérience avait tourné court: une tempête avait balayé la première éolienne qui n'était pas prévue pour résister à des conditions extrêmes. La seconde n'a jamais fonctionné. Peu après, EDF abandonnait ses études sur ce type de production pour se concentrer sur l'énergie électrique nucléaire. Depuis, les énergies alternatives sont revenues sur l'avant-scène.