Les graines voyagent très bien à dos de cerf et de sanglier

BIODIVERSITE Les graines de plantes se plaisent dans les pelages des ongulés. A tel point que ce convoyage a permis la réapparition d'une plante que l'on croyait disparue...

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ATTENTION !!! NE PLUS DIFFUSER CETTE PHOTO. NOUS N'AVONS PAS LES DROITS... — C. GIRARD / www.aube-nature.com

Cerfs, chevreuils et sangliers, maudits pour les dégâts qu'ils causent aux jeunes pousses dans les forêts et les champs, représentent pourtant une composante précieuse de la diversité végétale: les graines des plantes voyagent très bien sur leurs dos et dans leurs pelages. Au point que grâce à ce type original de convoyage, une plante rare qu'on croyait disparue est réapparue dans la forêt domaniale d'Arc-en-Barrois en Haute-Marne, débusquée par les chercheurs du Cemagref, organisme spécialisé dans les sciences et technologies de l'environnement.

«On a découvert un peu par hasard cette petite plante verte, le cynoglosse, une espèce végétale qui n'était pas présente dans cette forêt en 1976», raconte à l'AFP Philippe Ballon, responsable de l'équipe en charge des études sur les interactions entre l'augmentation des ongulés (cerf, chevreuil et sanglier) et les communautés végétales. Partant des inventaires de l'INRA de 1976 et de 1981 et d'un nouvel échantillonnage en 2005-2006, le chercheur Christophe Baltzinger a observé la réapparition de cette plante seulement en bordure de forêt à partir de 1981 puis en grand nombre sur tout le massif quinze ans plus tard. «Cela nous a interpellés parce qu'on s'est aperçus que cette espèce plutôt rare était d'autant plus répandue dans les zones où il y avait une forte présence d'animaux», précise M. Ballon.

Une quarantaine d'espèces dans les poils du sanglier

Mais comment cette plante toxique, donc non comestible pour la faune forestière, a-t-elle pu refaire surface? Après avoir étudié les autres espèces végétales broutées par les cerfs, dans l'entourage desquelles se multipliait le cynoglosse, il ne pouvait y avoir qu'un vecteur: le cerf! L'examen minutieux des graines de cette plante de la famille des boraginacées a permis de découvrir qu'elles sont entourées de petites aspérités pointues, des mucrons, qui s'accrochent bien dans le pelage des animaux.

En coopération avec l'Office national de la Chasse, qui prévient les chercheurs lorsque des animaux sont tués, une cinquantaine d'ongulés ont ainsi été brossés l'an dernier dans trois massifs forestiers en Haute-Marne, en forêt domaniale de Montargis et celle d'Orléans. «On les a peignés avec un petit peigne très fin, toujours dans le même sens, pour récupérer la terre et des graines dans les poils », souligne Philippe Ballon. Le brossage des sangliers en particulier a donné des résultats intéressants. «On a trouvé une quarantaine d'espèces de graines différentes dans les poils du sanglier», selon le chercheur, allant du plantain au trèfle en passant par le cynoglosse.

Le sanglier a une double particularité. Son pelage est constitué d'une double strate de poils très épais, à l'extérieur les soies plus longues et à l'intérieur une bourre constituée de poils beaucoup plus fins auxquels s'accrochent les graines. En outre il parcourt plusieurs kilomètres entre le lieu où il se nourrit et celui où il se repose. «Sur son itinéraire, il y a des zones où il va se bauger (bains de boue), se gratter, etc. et donc, il peut ainsi permettre la dissémination des espèces végétales", explique M. Ballon. «Les ongulés ont un rôle particulier dans les écosystèmes qui mérite qu'on se penche dessus», selon lui.

Le Cemagref travaille d'ailleurs au projet DIPLO (Dispersion des plantes par les ongulés sauvages) pour évaluer les conséquences du déplacement des animaux sur le destin des graines, depuis leur prise en charge jusqu'à leur libération sur le sol.