Une nouvelle usine géante de pâte à papier fait débat en Uruguay

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Un investissement équivalent à 5% du PIB, des milliers d'emplois promis, 250.000 hectares de terrains acquis: un nouveau projet pharaonique d'usine à papier fait tourner les têtes d'un petit village d'Uruguay, mais est fustigé par écologistes et agriculteurs.

Le mois dernier, l'Uruguay a donné le feu vert au projet "Montes del Plata" du finlandais Stora-Enso et du chilien Arauco, deux géants du secteur.

A Conchillas, bourg désoeuvré du sud-ouest du pays, la plupart des 400 habitants rêvent d'un retour à l'âge d'or du début du XXe siècle, à l'époque où leur carrière de sable et de pierres alimentait Buenos Aires, de l'autre côté du Rio de la Plata.

"Nous avons besoin de plus de travail, que nos enfants reviennent", dit Adriana Sosa, guide touristique dont trois fils sont partis en Argentine.

Stora-Enso et Arauco promettent 6.000 emplois directs les deux années de la construction, qui doit débuter en mai, puis 500 quand l'usine produira 1,3 million de tonnes de pâte à papier par an, ainsi que 5.000 emplois indirects (routiers, services, commerces).

Ils prévoient d'investir 1,9 milliard de dollars, le plus gros investissement de l'histoire de ce pays de 3,4 millions d'habitants, équivalant à 5% de son PIB.

L'Uruguay, où les arbres poussent plus vite qu'en Europe (7 à 10 ans), a parié depuis plus de 20 ans sur ce secteur, qui représente 10% de ses exportations. Il a longtemps subventionné la plantation d'eucalyptus nécessaires à la fabrication de pâte à papier et exonère d'impôts les usines.

Mais certains crient au mirage économique et craignent pour l'environnement.

Nahuel Borgogno, agriculteur de la région de Conchillas, souligne ainsi qu'Arauco "a eu des problèmes de pollution dans une de ses usines de pâte à papier".

Le groupe a dû fermer plusieurs semaines une de ses usines au Chili en 2007 et indemniser l'Etat et des pêcheurs, après des fuites de produits polluants qui ont tué des milliers de poissons.

Le Conseil de défense de l'Etat accuse une autre usine d'Arauco d'avoir pollué un cours d'eau du sud du Chili, tuant notamment des centaines de cygnes. Le groupe dément. Un procès dure depuis 2005.

A Conchillas, "un contrôle environnemental sera assuré par l'entreprise et des tiers", dont la Direction nationale de l'Environnement (Dinama), affirme Carolina Moreira, directrice de la communication de Montes del Plata.

Les pouvoirs publics soulignent aussi que la première usine de pâte à papier installée en 2007 en Uruguay respecte les normes en vigueur. Située sur le fleuve Uruguay, en face de l'Argentine, elle avait été pourtant à l'origine d'un litige avec Buenos Aires devant la Cour internationale de justice (CIJ) de la Haye. Le conflit a été résolu l'an dernier par la mise en place de contrôles binationaux.

L'impact de l'eucalyptus fait aussi débat. Il "dégrade les sols, en particulier les ressources en eaux" selon Elizabeth Diazasso, membre du collectif écologiste Guayubira. Il n'y a aucune "preuve scientifique", rétorque Pedro Soust, directeur du service national des forêts, alors que les experts sont divisés.

Pedro Soust reconnaît en revanche que la concentration des terres est "un motif de préoccupation pour le gouvernement".

Pour alimenter son usine en bois, Montes del Plata a acquis 250.000 hectares, devenant le plus grand propriétaire terrien du pays.

La gauche au pouvoir envisage de limiter la concentration des terres et leur achat par des étrangers.

Le président José Mujica a également proposé récemment de fixer un "plafond" à la production de pâte à papier.

La surface plantée en Uruguay est passée de 45.000 hectares à 1 million d'hectares en 20 ans (pour 16 millions d'hectares cultivables).