L'avenir des déchets radioactifs se joue au centre de la Terre (2/3)

ENERGIE L'Andra a creusé à 500 mètres sous terre un laboratoire pour tester la capacité du sous-sol à recevoir des déchets radioactifs...

Mickaël Bosredon

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Ce laboratoire situé à 500 mètres sous terre est truffé de capteurs pour analyser la réaction de la roche à un éventuel stockage de déchets radioactifs
Ce laboratoire situé à 500 mètres sous terre est truffé de capteurs pour analyser la réaction de la roche à un éventuel stockage de déchets radioactifs — M.BOSREDON/20 MINUTES

Un laboratoire à… 500 mètres de profondeur. L’Andra (Agence nationale des déchets radioactifs) a tenu à se placer «en conditions réelles» pour tester la capacité du sous-sol à accueillir des déchets radioactifs de haute et moyenne activité. Il faut sept à huit minutes pour atteindre le site, au moyen d’un ascenseur.

Situé sur la commune de Bure, dans la Meuse, il a été creusé au milieu de la couche argileuse. De l’argile dur comme du béton, et choisi pour «sa faible porosité, et la très lente circulation de l’eau. Ici il faut 300.000 ans à une goutte d’eau pour parcourir un mètre», assure Marc-Antoine Martin, responsable de la communication au laboratoire de recherche.

Depuis 2006 ingénieurs, scientifiques, sondent la roche pour tester sa capacité de résistance. A la chaleur tout d’abord. «Actuellement les déchets radioactifs susceptibles d’être stockés en sous-sol, sont en phase de refroidissement depuis 1969 sur notre site de la Hague, dans la Manche. Ils doivent en effet descendre en-dessous de 100° C pour être stockés.» Mais ils continueront tout de même à dégager de la chaleur durant des milliers d’années. Et il ne faut pas que la structure de la roche en soit modifiée. Des éléments radioactifs sont également injectés dans l’argile pour analyser leur vitesse de déplacement.

Une couche géologique vieille de 160 millions d'années

En tout environ 3.000 capteurs ont été plantés le long des immenses galeries du laboratoire souterrain. Jusqu’ici les scientifiques ont été confortés dans leur choix de ce matériau. «Nous apprécions particulièrement la stabilité de la roche. Cette couche géologique est vieille de 160 millions d’années, et elle n’a plus bougé depuis 135 millions d’années. Nous estimons qu’elle doit encore rester stable un million d’années pour ne pas perturber le stockage. A l’échelle géologique ce n’est rien, nous sommes donc confiants.» Une zone de 30 km2, située à quelques kilomètres du laboratoire, est à ce jour pressentie pour accueillir les déchets radioactifs, en 2025. Ce serait alors le premier site en sous-sol au monde à stocker des déchets de haute activité.

Les plus radioactifs seraient coulés dans du verre, et insérés dans des fûts, qui seraient ensuite glissés au fond d’alvéoles. L’Andra prévoit de devoir stocker 5.000 m3 de déchets à haute activité (DHA), et 50.000 m3 de déchets de moyenne activité (DMA). «La chaleur des DHA déterminera l’espacement entre les alvéoles, qui pourrait varier entre 20 et 30 mètres. C’est très important car cela va jouer sur le dimensionnement du projet.» De nombreuses incertitudes planent encore autour de ce centre de stockage, notamment sur la livraison des colis de déchets radioactifs, et la manière de les installer dans les alvéoles, sachant qu’il faudra éviter au maximum leur manipulation par l’homme.

Des incertitudes qui génèrent une forte contestation au sein des associations écologistes, qui estiment que l’on ne peut pas prévoir la réaction de la roche à la radioactivité sur des périodes de centaines de milliers d’années. Pour Fabrice Boissier, Directeur de la maîtrise des risques à l’Andra, «l’enfouissement est la technique qui fait consensus au niveau international.»

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Prochain volet de notre série: le stockage des déchets de faible activité