Le boom des produits locaux

Planète CONSOMMATION – Une filière est en train de se structurer…

Mickaël Bosredon

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Une ferme laitière bio en Normandie.
Une ferme laitière bio en Normandie. — OZANNE MARIE/SIPA

Bientôt la revanche des producteurs de proximité? La filière des circuits courts, c’est-à-dire avec zéro ou un intermédiaire, est en tout cas en train de connaître une explosion en France. «On ne sait plus où donner de la tête» assure Yuna Chiffoleau, chercheuse en sociologie à l’Inra (Institut national sur la recherche agronomique), et spécialiste du sujet.

Le regain d’intérêt pour la consommation de produits régionaux, voire locaux, a commencé il y a deux ou trois ans. «La succession de crises alimentaires, comme celle de la vache folle, la méfiance à l’encontre de l’agriculture intensive et du système agro-alimentaire, a redonné l’envie au consommateur de se rapprocher du producteur, en vue d’obtenir davantage de garantie sur les produits» explique la scientifique. La prise en compte environnementale n’a fait qu’accélérer le processus. La filière des circuits courts, jusqu’ici réservée à des produits de «fête» (foie gras, vin…) s’étend aujourd’hui aux produits de grande consommation, particulièrement les produits frais. «Elle ne remplacera jamais les circuits longs. Mais elle peut peser jusqu’à 40% de parts de marché, pour certains produits.»

Des villes réservent des terrains pour l’agriculture locale

Résultat: des marques développent des produits «made in France», la plupart des régions françaises créent ses propres labels pour défendre la production régionale, et même la grande distribution s’y met. Plusieurs enseignes ont mis en place des produits terroirs, et communiquent sur la prise en compte de la production locale. «Nous sommes plus sceptiques sur le fait que les grands surfaces intègrent les circuits courts, relève toutefois Yuna Chiffoleau. Certes, cela peut permettre de démocratiser cette tendance, mais elles se servent essentiellement de trois ou quatre producteurs, et ne font pas grand-chose pour l’ensemble de la filière…»

L’Inra mise plutôt sur la structuration de la filière autour des artisans (commerçants, restaurateurs…) et de la restauration scolaire pour qu'elle se développe. «Parallèlement un grand nombre d’élus prennent position sur le sujet, et vont jusqu’à réserver dans leurs schémas d’urbanisme des terrains pour relancer la production locale. C’est le cas à Aubagne, Perpignan, Grenoble, Lorient, Brest…»

Bientôt des distributeurs de lait régional à Paris

Une des régions les plus concernées est l’Ile-de-France. Le Cervia (Centre régional de valorisation et d’innovation agricole et alimentaire) et le conseil régional ont lancé le 17 février le label «Saveurs paris-Ile-de-France», la nouvelle marque des produits alimentaires franciliens. L’idée est de montrer que l’Ile-de-France est aussi un grand territoire agricole, essentiellement céréalier, mais avec quelques spécificités également: le Brie de Meaux, la bière du Vexin, le sirop de coquelicot de Nemours… «Le blé permet d’alimenter 48% de la production régionale de pain, et la région est autonome pour sa production de salades, de cresson et de radis» souligne-t-on au Cervia. «Malheureusement nous manquons d’outils de transformation, déplore Hélène Gassin, vice-présidente chargée de l’Environnement à la région Ile-de-France, si bien que nombre de produits sont contraints de sortir de nos frontières.» Pas terrible pour l’empreinte écologique.

Pour créer cette marque le Cervia a mené une étude auprès des Franciliens. «Il en ressort que ceux-ci sont prêts à acheter local, mais pas à changer leurs habitudes de consommation. En clair ils n’iront pas jusqu’à la ferme…» C’est pourquoi le Cervia va installer, dès le printemps prochain, des distributeurs automatiques de lait régional dans la capitale et en petite couronne.

Il n’en reste pas moins que la France est «très en retard» par rapport à certains pays, relève Yuna Chiffoleau. « Aux Etats-Unis, au Japon, en Europe du Nord, et même dans des pays du Sud, le mouvement est encore plus important. C’est un phénomène international.»