Les déchets radioactifs, une question hautement sensible

ENVIRONNEMENT Prévu par la loi, l'enfouissement des déchets de haute et moyenne activité fait débat. 20 minutes.fr s'est rendu dans la Meuse visiter le laboratoire de recherche souterrain de l'Agence des déchets radioactifs...

Mickaël Bosredon
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Les déchets radioactifs de haute activité seraient coulés dans du verre et entreposés dans ce type de fût en acier
Les déchets radioactifs de haute activité seraient coulés dans du verre et entreposés dans ce type de fût en acier — MICKAEL BOSREDON/20 MINUTES.FR

Ils pèsent seulement 4% du volume total des déchets radioactifs en France. Mais représentent 99% de la radioactivité produite sur le territoire... Les déchets radioactifs de haute et de moyenne activité à vie longue, essentiellement les combustibles usés utilisés pour faire fonctionner les réacteurs nucléaires, vont peser très lourd dans les débats ces prochains mois et ces prochaines années. Certains sont déjà entreposés depuis une quarantaine d'années au centre de la Hague dans la Manche pour leur refroidissement, dans l'attente de leur stockage sous terre. «Ils sont en sécurité à La Hague, rassure Fabrice Boissier, directeur de la maîtrise des risques à l'Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs), et ils peuvent encore y rester plusieurs dizaines d'années s'il le faut, mais une loi de 2006 a institué le stockage géologique profond réversible comme solution pour leur gestion à long terme.»

«Stabilité et imperméabilité de la roche»

Afin de trouver un site l'Andra a créé en 2006 sur la commune de Bure dans la Meuse un laboratoire à 500 mètres sous terre, au milieu d%u2019une couche d'argile. C'est ce matériau qui est testé pour vérifier sa compatibilité avec le stockage de déchets de haute activité. Il a été préféré au granit pour «sa stabilité et son imperméabilité» explique Marc-Antoine Martin, chargé de communication du Centre Meuse-Haute-Marne de l'Andra.

Les expérimentations réalisées ont conforté les scientifiques dans leur choix de l'argile comme matériau de stockage, et une zone d'intérêt pour la reconnaissance approfondie (Zira) de 30 km2, située à quelques kilomètres du laboratoire, a été délimitée comme possible futur centre de stockage. Les travaux pourraient démarrer en 2016, pour une ouverture en 2025. Cela à condition que le débat public national, qui aura lieu en 2013, s'avère favorable à cette solution. Mais pour le Réseau sortir du nucléaire, les dés sont déjà jetés. «L'Andra a déjà commencé à acheter des terrains sur le site, et d'importantes sommes ont déjà été engagées. Ce débat public sera une mascarade», dénonce Corinne François, qui suit ce dossier de très près au sein du réseau.

«Mauvaise solution» pour le réseau Sortir du nucléaire

La solution même de l'enfouissement est aussi remise en cause par l'association. «La durée de toxicité de ces déchets est de plusieurs centaines de milliers d'années, voire de millions d'années pour certains. L'enfouissement ne peut pas constituer une solution durable. Le conditionnement se dégradera un jour, les galeries s'affaisseront, que fera-t-on lorsque cette radioactivité remontera à la surface?»  Pour l'Andra, ce cas de figure ne pourra pas se présenter avant la fin de la radioactivité des produits, étant donné l'extrême lenteur de la circulation de l'eau dans ces roches. «Le but de ce centre de stockage, c'est précisément que les générations futures n'aient pas à se préoccuper de ces déchets», explique Marc-Antoine Martin.

Par mesure de sécurité, la loi exige aussi que le stockage de ces déchets soit «réversible» durant une période de cent ans, c'est-à-dire que l'on puisse les retirer. Au cas où. «Cette période de cent ans est beaucoup trop courte. En 2125 on aura tout juste fini d'entreposer les déchets», dénonce Corinne François, qui estime qu'en l'état actuel des connaissances, il faudrait «poursuivre la surveillance des déchets radioactifs en surface, car le plus sûr, c'est encore de les avoir sous les yeux.» Le débat ne fait que commencer.