L'économie verte, une solution profitable pour tout le monde selon les Nations unies

ECONOMIE Le Programme des Nations unies pour l'environnement publie lundi un rapport qui pourrait remettre en question les certitudes des économistes...

Audrey Chauvet

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Les vaches et les éoliennes, sources d'énergie renouvelable. 
Les vaches et les éoliennes, sources d'énergie renouvelable.  — SUZAN THIERRY/SIPA

Alors que le G20 se referme à Paris, les Nations unies pourraient bien lancer lundi un pavé dans la mare économique. Lors de son Conseil d’administration qui s’ouvre à Nairobi, au Kenya, le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) présentera officiellement son rapport «Vers une économie verte» aux ministres de l’Environnement de plus de cent pays. Selon les conclusions des experts du PNUE, investir 2% du PIB mondial dans dix secteurs clés de l’économie verte permettrait de réduire les émissions de carbone et de réduire la pauvreté dans le monde, sans altérer la croissance économique.

«Réinvestir dans le capital naturel au lieu de l’exploiter»

Agriculture, bâtiment, énergie, pêche, forêts, transport ou encore eau: le PNUE mise sur ces secteurs pour relancer l’économie mondiale et réduire les inégalités entre les pays.  «L’économie verte ne consiste pas à étouffer la croissance et la prospérité, mais à se reconnecter à la véritable richesse, à réinvestir dans le capital naturel au lieu de l’exploiter», explique Pavan Sukhdev, responsable de l’Initiative pour une économie verte au PNUE. Contrairement aux idées reçues, favoriser les activités peu émettrices de CO2 et lutter contre la perte de biodiversité ne coûterait pas de points de PIB: les taux de croissance projetés sont identiques voire supérieurs à long terme si le plan du PNUE était mis en œuvre. L’emploi ne serait pas impacté: le nombre d’emplois «nouveaux et décents» créés dans des secteurs allant des énergies renouvelables à l’agriculture durable compenserait les pertes des secteurs «polluants».

Les scénarios du PNUE révèlent ainsi un taux de croissance économique mondial d’environ 2,5% entre 2030 et 2050 dans le cas d’une économie verte, contre 1,5 à 2% en cas de status quo. L’économie verte serait notamment un «catalyseur de croissance et d’éradication de la pauvreté» pour les pays en développement. «2,5 millions de personnes vivent avec moins de deux dollars par jour et en 2050 la population mondiale comptera plus de deux milliards de personnes supplémentaires: il est donc clair que nos économies doivent continuer à croître et à se développer. Mais ce développement ne peut se faire aux dépens des systèmes dont dépend la vie sur terre, dans les océans ou dans l’atmosphère», déclare Achim Steiner, directeur exécutif du PNUE.

Réorienter les investissements privés et les subventions

En pratique, le PNUE veut inciter les entreprises puis les gouvernements à réorienter leurs investissements. L’agriculture est un secteur clé: «Une agriculture plus verte permet aux petits producteurs d’augmenter leurs rendements, de ralentir la déforestation et mieux jouer son rôle de puits de carbone et de diminuer les besoins en eau», explique Sylvie Lemmet, directrice de la division Technologie, industrie et économie du PNUE, basée à Paris. Autre secteur crucial: l’énergie. Selon le rapport, investir 1,25% du PIB mondial dans l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables diminuerait la demande mondiale d’énergie primaire de 9% en 2020 et de près de 40% en 2050.

Le rapport, issu d’une étude macroéconomique à laquelle plus d’une centaine d’experts ont participé, sera porté par les Nations unies auprès des décideurs du monde entier et servira de base de travail au Sommet de Rio en 2012.