Chevron condamné à une peine record pour des années de pollution sans contrôle

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La condamnation lundi du groupe pétrolier américain Chevron à une peine record de 9,5 milliards de dollars pour les opérations de Texaco en Equateur entend réparer des dizaines d'années de pollution sans contrôle dans l'Amazonie.

"Ici, nous vivions bien de la chasse et de la pêche, l'atmosphère était très saine", a raconté à la justice l'un des habitants de la région amazonienne du nord de l'Equateur touchée, où vivent principalement des indigènes.

"A partir de 1970, cela a brutalement changé (...) les compagnies sont arrivées avec des hélicoptères; elles ont construit des héliports (...) Après il y a eu les travaux en vue de la perforation et l'exploitation pétrolière", a-t-il ajouté, évoquant l'abandon de ces traditions, faute de gibier et de poisson.

Le pétrole a jailli et avec lui les ennuis pour les habitants ancestraux de l'Amazonie équatorienne, selon les plaignants.

Selon l'Association des victimes de Texaco, cette compagnie opérant en Equateur entre 1964 et 1990 sur une concession d'un million d'hectares a fait preuve d'une négligence systématique.

Texaco (rachetée par Chevron en 2001) a ainsi entreposé ses résidus pétroliers dans des fosses à ciel ouvert pour chacun de ses 356 puits, le tout sans "isolement" des fosses. Dans ces fosses, elle versait du brut, mais aussi des substances chimiques employées pour la perforation.

Ailleurs, l'entreprise a reversé dans les rivières de l'eau contaminée: "pour extraire le pétrole, on injecte de l'eau à grande pression, qui ressort ensuite chargée de résidus toxiques, mais, pour économiser, ces eaux ont été notamment reversées dans les rivières", selon des documents remis à l'AFP par l'association.

Texaco aurait aussi construit un millier de "piscines" où le brut était stocké, dotées de canalisations qui ont elles-mêmes contaminé les forêts et les fleuves.

Selon l'ONG de défense de l'environnement Amazon Watch, 18,5 millions de galons (plus de 69 millions de litres) d'eaux contaminées ont ainsi été déversées dans les provinces de Sucumbios et Orellana. S'y ajouteraient 17 millions de galons de brut déversés dans la nature et des fuites toxiques provenant des "piscines" qui ne s'arrêtent plus.

La cour a par ailleurs estimé qu'il existait une probabilité "suffisante" de conséquences d'ordre sanitaire.

Les plaignants - représentant 30.000 habitants de la région - affirment que le taux de cancer est largement au-dessus de la moyenne, évoquant aussi un taux anormal de leucémies infantiles et un taux de fausses couches 2,5 fois au-dessus de la moyenne, ce que la compagnie Chevron nie catégoriquement.

Lundi, Chevron Texaco a été condamné à l'amende la plus forte dans l'histoire du droit de l'environnement, qui dépasse notamment celle initialement infligée à ExxonMobil pour la marée noire de l'Alaska en 1989, de 4,5 milliards de dollars.

Mais, après ce premier round faisant suite à 18 ans de bataille judiciaire aux Etats-Unis puis en Equateur, aucune des deux parties n'a déclaré forfait.

"Nous allons interjeter appel afin que le juge ré-examine le montant", de la condamnation, a annoncé mardi à la presse Luis Yanza, coordinateur de l'association des victimes, jugeant le montant de l'amende "insuffisant", notamment au regard d'une expertise judiciaire évaluant les dommages à 27 milliards de dollars.

"Le groupe va faire appel", a également confirmé un porte-parole de Chevron, en évoquant la "falsification d'expertises scientifiques" ou "des pressions sur les magistrats".

La compagnie a aussi rejeté la responsabilité de la réparation des dommages sur Petroecuador, l'entreprise d'Etat équatorienne à laquelle Texaco était alliée et qui est également décriée par certaines organisations locales.