Chine: une sécheresse record aux conséquences graves si elle se prolonge

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La sécheresse qui affecte cet hiver le nord de la Chine, la plus grave en 60 ans, n'a encore qu'un impact limité mais pourrait avoir de graves conséquences économiques si l'absence d'eau se prolongeait jusqu'en mars.

Avec 120 jours sans pluies significatives dans certaines régions, plus de 5 millions d'hectares de cultures manquent d'eau, selon le Bureau national pour la prévention des inondations et de la sécheresse.

Cette situation provoque déjà une pénurie d'eau pour plus de 2,5 millions d'habitants, principalement dans le Shandong (est) et le Henan (centre), deux provinces peuplées d'environ 95 millions d'habitants chacune.

Selon les services météorologiques, peu de précipitations sont attendues en février et mars dans la région ceinturant Pékin (Huabei) ainsi que dans les bassins du fleuve Jaune et de la Huai. Cette rivière marque la limite entre la Chine du riz au Sud et celle du blé au Nord.

Dans la ville de Rizhao (Shandong), dont le nom signifie "ensoleillement", la sécheresse qui sévit depuis le 11 septembre est la plus longue depuis 300 ans, a rapporté le quotidien local Rizhao Ribao.

A Pékin, il n'est pas tombé de pluie depuis 99 jours et la neige n'est toujours pas arrivée, une situation inédite depuis 1951.

Pour l'instant, les conséquences économiques sont limitées car "la Chine dispose de stocks importants de blé et de riz", explique Ma Wenfeng, analyste du cabinet de consultants spécialisé Beijing Orient Agribusiness.

Ces stocks sont notamment liés à la hausse des cours ces dernières années, tant en Chine que sur le marché mondial, qui a incité les paysans à cultiver des céréales.

Pourtant, "l'impact psychologique est assez important parce que l'inflation est élevée", selon Ren Xianfang, une économiste basée à Pékin de IHS Global Insight. La hausse des prix a atteint en novembre de 5,1% en novembre sur un an, mais les prix des céréales ont grimpé de 14,7% durant la même période.

Mais "il est encore trop tôt" pour dire si la sécheresse aura un impact considérable sur les récoltes, ajoute-t-elle.

Selon M. Ma, "la sécheresse devrait provoquer une diminution de 1,7 million de tonnes de production de blé d'hiver, soit à peine de 2% de la production totale de la Chine".

"Mais si elle devait se prolonger jusqu'en mars ou en avril, la production de blé pourrait être gravement affectée, avec des pertes supérieures à 10 millions de tonnes", poursuit cet analyste. La Chine serait alors obligée d'augmenter ses importations.

Par endroits, la terre se craquèle et si l'eau ne revient pas dans les prochaines semaines, le blé d'hiver semé à l'automne pourrait ne pas germer quand le temps se réchauffera à la fin de l'hiver.

Sur le marché mondial, les pays exportateurs de blé comme les Etats-Unis, la Russie ou la France suivent de près les prévisions météo en Chine mais aussi en Inde "où les surfaces concernées par la sécheresse sont beaucoup plus importantes", note M. Ma. Les deux pays sont à la fois les premiers producteurs et les premiers consommateurs de blé dans le monde.

"Si la production baisse dans les deux pays en même temps, l'impact sur les cours sera considérable", prévient-il.

Dimanche, le ministre chinois des Ressources en eau, Chen Lei, a indiqué que les deux tiers des villes chinoises manquent d'eau, alors que les ressources hydrauliques du pays n'atteignent que 28% de la moyenne mondiale par habitant.

Le gouvernement a débloqué 2,2 milliards de yuans (243 millions d'euros) d'aide immédiate et décidé d'investir 4.000 milliards de yuans (442 milliards d'euros) jusqu'en 2020 pour améliorer le stockage et la distribution de l'eau.

"Avec l'urbanisation prévue pour les cinq prochaines années, la pénurie va s'aggraver", prédit Mme Ren.