La France et l'Italie misent sur le nucléaire, au détriment des énergies renouvelables?

ENERGIE Après la visite d'Eric Besson en Italie, les deux pays veulent promouvoir une énergie décarbonée grâce au nucléaire…

Audrey Chauvet

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La centrale nucléaire de Tricastin, en septembre 2010.
La centrale nucléaire de Tricastin, en septembre 2010. — Claude Paris/AP/SIPA

Energie décarbonée ne veut pas toujours dire énergie renouvelable. Eric Besson, ministre chargé de l'Énergie, a affirmé, à l’occasion de sa visite en Italie la semaine dernière, la volonté des deux pays de «dégager une priorité pour le nucléaire» lors du conseil européen du 4 février 2011. L'Italie, qui va construire quatre nouveaux EPR en partenariat avec EDF,  soutient la France dans cette décision qui suscite l’indignation des partisans des énergies renouvelables. Ainsi, France Nature Environnement (FNE) dénonce un «greenwashing sans limite» lorsque la France met en avant l’argument d’une énergie «décarbonée» pour promouvoir le nucléaire et craint que ce soutien ne nuise au développement des énergies renouvelables.

«On tente d’étouffer progressivement la filière»

Pour Maryse Arditi, pilote de la mission Energie de FNE interrogée par 20minutes.fr, «le soutien sans faille de l’Etat français à l’égard du nucléaire est grandement responsable du retard de la France en matière d’énergie renouvelable.» Peu de crédits de recherche pour améliorer les techniques éoliennes ou photovoltaïques, pas assez d’aides financières notamment pour le rachat de l’électricité, Maryse Arditi est formelle: «Malgré les discours, le gouvernement français veut se battre contre les énergies renouvelables pour vendre des centrales nucléaires. On tente d’étouffer progressivement la filière».

Même constat pour Arnaud Gossement, avocat spécialisé en droit de l’environnement, qui pense que l’apparition de petits producteurs d’électricité dérange EDF et les partisans d’un service public de l’énergie: «On ne veut pas libéraliser l’énergie en France pour que le nucléaire reste en position dominante», déclarait-il lors d’une conférence sur le thème des énergies renouvelables ce mardi à Paris.

La priorité: arrêter le gaspillage d’énergie

Au-delà des intérêts économiques pour développer le nucléaire, FNE est choqué par l’argument d’une énergie «décarbonée»: «On ne peut pas mettre le nucléaire dans le même sac que les énergies renouvelables». FNE rappelle ainsi que «extraction et transport de l’uranium, construction, fonctionnement, démantèlement de la centrale, transport et gestion des déchets radioactifs, on ne peut pas vraiment parler d’énergie décarbonée». Maryse Arditi souligne également que «parler de CO2 c’est ne s’intéresser qu’au climat, et dire qu’on peut massacrer tout le reste à côté».

Quant à savoir si les énergies renouvelables pourraient fournir autant d’électricité en France que le nucléaire, ce n’est pas la question pour Maryse Arditi: «Nous soutenons surtout une société de consommation réduite et de sobriété. Il faut arrêter le gaspillage de l’énergie». Les énergies renouvelables seraient donc une solution de substitution au nucléaire dans une société plus économe: «L’énergie renouvelable, on n’en produit pas des quantités folles, alors que pour baisser les prix on a augmenté la taille des réacteurs nucléaires, ce qui entraîne une surconsommation d’énergie», explique Maryse Arditi qui plaide pour un soutien renforcé aux innovations respectueuses de l'environnement.