Le jatropha, un fiasco parmi les agro-carburants

ENERGIE Les Amis de la Terre dénoncent un échec industriel et environnemental de cette plante présentée comme l'or vert du futur...

A.C.
— 
Des graines de jatropha.
Des graines de jatropha. — NICHOLLS/SIPA

Dans la course aux agro-carburants, le jatropha pourrait bien être l’exemple à ne pas suivre. Cette plante de l’hémisphère Sud, qui produit une huile ressemblant au diesel, a été massivement plantée au Brésil et à Madagascar dans l’espoir de produire le carburant du futur. Mais les investissements se sont avérés désastreux, selon le rapport des Amis de la Terre: les groupes qui se sont lancés dans cette production ont des résultats catastrophiques, voire ont fait faillite. Les Amis de la Terre rappellent également que les dommages collatéraux du jatropha sont nombreux: expropriation de paysans locaux et compétition avec les cultures alimentaires, entre autres.

Faillites et projets abandonnés

Première déception pour les industriels, le jatropha n’a pas le rendement attendu. Les calculs prévisionnels laissaient espérer aux entreprises un rendement de neuf tonnes d’huile par hectare mais les récoltes se révèlent beaucoup moins juteuses: de 1,5 à 7,8 tonnes par hectare. Difficile dans ces conditions de rentabiliser une plantation: le groupe pétrolier BP s’est retiré d’une joint venture créée avec l’entreprise britannique D1 Oils pour exploiter le jatropha, tandis que la compagnie hollandaise BioShape, qui avait acquis des terres en Tanzanie, a fait faillite en 2010.

«Les compagnies européennes d'investissement font de la publicité pour le jatropha, en promettant une garantie de retour sur investissements avec une culture sur des terres marginales, mais ces promesses ne sont absolument pas réalistes. De nombreux projets ont déjà été abandonnés car les rendements étaient bien en-dessous des promesses, même sur de bonnes terres», commente Paul de Clerck, coordinateur du programme Justice économique des Amis de la Terre.

Eau, forêt et paysans locaux sont victimes des agro-carburants

Les Amis de la Terre ne regrettent toutefois pas cet échec économique. Le prix environnemental des plantations de jatropha est bien trop élevé pour en faire un carburant acceptable, explique le rapport. La plante a besoin de beaucoup plus d’eau que toutes les autres cultivées pour produire du carburant (colza, palme, etc) et est aussi très vulnérable aux insectes et maladies. Des produits chimiques sont donc nécessaires pour traiter les plantations, mais polluent les sols et nuisent à la biodiversité.

Pour faire une place au jatropha, il a également  fallu déforester et empiéter sur la production alimentaire. Même si le jatropha est censé pousser sur des terres «marginales», c’est-à-dire non dédiées à l’agriculture vivrière, les entreprises ont vite mis la main sur les sols les plus fertiles. Et n’ont pas hésité à exproprier les paysans locaux: «En Afrique, on prend la terre aux communautés rurales et on les prive ainsi de leur moyens de subsistance. Les prix alimentaires augmentent de nouveau. Nous voulons une agriculture qui permette de nourrir d'abord les humains », dénonce Mariann Bassey, coordinatrice des Amis de la Terre au Nigeria.