Le voile se lève sur le gaz de schiste

ENERGIE Trois permis d'exploitation de gaz de schiste viennent d'être accordés en France. Zoom sur ce gaz naturel, déjà très utilisé aux États-Unis, et qui crée la polémique...

Fabienne Broucaret

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Plateforme de forage de gaz de schiste aux Etats-Unis
Plateforme de forage de gaz de schiste aux Etats-Unis — Ruhrfisch

Le gaz de schiste? C’est du gaz naturel emprisonné dans la roche. Contrairement à celui que l’on extrait en général, il ne se trouve pas concentré au sein de vastes poches souterraines où il suffit d’aller le pomper. Il est dispersé dans les roches sédimentaires argileuses très compactes, datant du lias (200 millions d’années) ou du carbonifère (350 millions d’années). A quelques exceptions près, on en trouve dans n’importe quel pays. Les réserves seraient quatre à cinq fois plus importantes que celles du gaz conventionnel. Un enjeu de taille donc!

Les gaz de schistes sont déjà utilisés en grandes quantités aux États-Unis depuis dix ans: ils représentent plus de 10 % de la production gazière, contre seulement 1 % en 2000, selon le site www.notre-planete.info C’est le premier producteur mondial, devant la Russie. Les gaz de schistes étant dispersés dans la roche imperméable, il est nécessaire de forer d'innombrables puits en fracturant la roche. Chaque puits exploitable ne l'est que brièvement, un suivant doit donc être foré quelques centaines de mètres plus loin, et ainsi de suite jusqu’à ce que le paysage ressemble à un vaste gruyère… La méthode? Après avoir foré verticalement, on pénètre horizontalement les schistes. La «fracturation hydraulique» se fait par un mélange d'eau et de sable, avec de redoutables produits chimiques propulsés à très haute pression.

Selon un rapport réalisé l'an dernier par l'EPA (Agence de protection de l'environnement américaine), l'activité du gisement de Barnett Shale, dans le nord du Texas, pollue plus que le tout le trafic automobile de cette ville de 725 000 habitants. Pire: les habitants retrouvent du gaz à la sortie de leurs robinets car l'eau achemine des traces de produits chimiques injectés dans les puits. Pour alarmer de ce désastre environnemental annoncé, l’Américain Josh Fox a réalisé le documentaire Gasland, primé lors du festival de cinéma Sundance. Une des scènes les plus saisissantes? Un homme place simplement un briquet devant le robinet de son évier et entraîne ainsi une grande flamme lorsque du gaz s’en échappe entre deux arrivées d’eau…

Bonne nouvelle: l’Etat de New-York a décidé d’arrêter tout type d’exploitation du gaz de schiste à cause de l’opacité régnant sur les produits chimiques engagés, et sur leurs éventuels dangers. La France vient elle d’accorder trois permis d’exploitation dans le sud du pays. Mais la mobilisation contre les gaz de schiste prend de plus en plus d'ampleur, notamment par la voix de José Bové et via des demandes de moratoire de conseils municipaux, et suit le ainsi chemin de celle qui est organisée au Québec.

Site dédié au film Gasland : www.gaslandthemovie.com

Plus d’informations sur l’environnement sur le site de NEOPLANETE: www.neo-planete.com