Gengis Khan, envahisseur écolo?

HISTOIRE Des chercheurs américains ont fait le bilan carbone des conquêtes de l'empereur mongol...

A.C.

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La vallée d'Orkhon, en Mongolie.
La vallée d'Orkhon, en Mongolie. — SETBOUN PHOTOS/SIPA

Ce n’est certainement pas un exemple à suivre mais l’empereur mongol Gengis Khan, connu pour ses conquêtes meurtrières dans toute l’Asie du 13e siècle, a évité l’émission de 700 millions de tonnes de CO2 dans l’atmosphère. Ce calcul original a été fait par des chercheurs américains du Carnegie Institution's Department of Global Ecology, pour déterminer les périodes de l’Histoire qui ont émis le plus de gaz à effet de serre. Conclusion: les périodes de guerres et d’épidémies qui ont fait beaucoup de mort ont aussi permis de réduire les émissions de CO2.

Le plus vert des empereurs

Point commun entre les invasions mongoles, la Peste noire, la chute de la dynastie Ming en Chine ou la conquête des Amériques? Des milliers de morts et surtout des hectares de terre cultivée regagnés par la forêt. «Les hommes ont commencé à avoir un impact sur l’environnement il y a des centaines d’années en modifiant la végétation à la surface de la Terre pour remplacer les forêts par l’agriculture», commente Julia Pongratz, qui a mené l’étude.  

Gengis Khan, en tuant 40 millions de personnes environ, a dans le même temps libéré des milliers d’hectares de terre cultivée et serait ainsi le premier écolo de l’Histoire. Mais à long-terme, la forêt n’a pas eu assez de temps pour reconquérir les territoires dépeuplés: «Nous avons constaté que durant les événements courts, comme la Peste noire ou la chute de la dynastie Ming, la repousse de la forêt n’a pas été suffisante pour absorber les émissions des matières en décomposition au sol», explique Julia Pongratz.

Pas de massacres mais de meilleures décisions

Pas question pour les chercheurs d’inciter à des massacres pour soulager la planète, mais simplement de donner une autre perspective aux débats sur les émissions de gaz à effet de serre: «On pense à tort que l’impact humain sur le climat a commencé avec la combustion du gaz et du pétrole à l’ère industrielle», déclare Julia Pongratz, qui espère que les connaissances acquises sur le sujet permettront de «prendre des décisions pour l’usage des sols qui diminueront notre impact sur le climat et le cycle du carbone».