L'Histoire, reflet du climat?

SCIENCE Des scientifiques lisent l'Histoire des civilisations dans le tronc des arbres...

A.C.

— 

Coupe du tronc d'un érable.
Coupe du tronc d'un érable. — PureStock/SIPA

Et si la chute de l’Empire romain avait été accélérée par des sécheresses et des périodes très froides? Des chercheurs suisses se sont penchés sur les liens entre Histoire et climat. D’après leur étude, publiée jeudi dans la revue Science, la météo a bel et bien influencé le cours des événements: «Sur les 2.500 dernières années, il y a plusieurs exemples où le climat a un impact sur l’histoire humaine», confirme Ulf Büntgen, paléoclimatologue à l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage de Zurich. De quoi faire réfléchir aux conséquences du réchauffement climatique.

9.000 troncs d’arbres passés au filtre de l’Histoire

L’équipe de Ulf Büntgen a examiné près de 9.000 morceaux de bois, collectés par des archéologues depuis une trentaine d’années, pour parvenir à ces conclusions. Avec des sections de troncs, les dendrochronologistes datent les arbres à l’année près suivant leurs anneaux de croissance. Avec 7.284 chênes de France et d’Allemagne et 1.500 pins d’Autriche, les scientifiques disposaient d’une base de données conséquente sur les variations climatiques depuis environ 2.500 ans, qu’ils ont ensuite livré à l’analyse d’historiens et d’archéologues.

Ces derniers ont relevé de nombreuses concomitances. Les périodes de chaleur et d’étés humides, conditions idéales pour l’agriculture, concordent avec les ères stables et prospères, comme l’apogée de l’Empire romain ou les années de paix du début du Moyen-âge, entre 1.000 et 1.200 ap. J.-C.

Des conclusions valables pour nos sociétés modernes

A l’inverse, les catastrophes climatiques riment souvent avec renversements de régimes ou invasions. Les invasions barbares du 3e siècle ap. J.-C. dans l’Empire romain coïncident ainsi avec de sévères sécheresses en Europe. Vers 1.300, des hivers très froids et des étés trop pluvieux ont apporté des famines et favorisé la propagation de la peste.

«Le résultat marquant de cette étude est que les conditions climatiques sont souvent associées à des bouleversements dans la société, comme la Peste noire», commente David Stahle, géoscientifique à l’université de l’Arkansas. Ulf Büntgen précise que ces découvertes ne sont pas seulement applicables au passé, mais également à nos sociétés modernes.