L'usage des dons par les ONG épinglé par la Cour des comptes

HUMANITAIRE Six ans après le tsunami en Asie...

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Action contre la faim aide la population de Banda Aceh, en Indonésie, après le tsunami, en janvier 2005.
Action contre la faim aide la population de Banda Aceh, en Indonésie, après le tsunami, en janvier 2005. — HADJ/SIPA

Le 26 décembre 2004, un tsunami inondait la Thaïlande, faisant 220.000 morts et suscitant une générosité sans précédent chez les Français. Certaines ONG sont pointées du doigt par la Cour des comptes pour avoir consacré une partie des dons à d'autres actions humanitaires. Les associations humanitaires françaises ont récolté une somme record de 356 millions d'euros de dons après le tsunami de décembre 2004, relève la Cour dans un document publié mercredi, soit plus de trois fois la centaine de millions d'euros collectée en France après le séisme en Haïti, le 12 janvier 2010. Selon ce rapport d'évaluation, qui se penche sur les dépenses «post-tsunami» d'une trentaine d'ONG entre fin 2004 et fin 2008, «les organismes ont réussi à utiliser de manière globalement satisfaisante les sommes collectées».

337,8 millions d’euros dépensés

Les ONG ont dépensé 337,8 millions d'euros, soit «plus de 90% des ressources» disponibles, fait valoir la Cour. En revanche, souligne-t-elle, «une partie non négligeable de ces sommes (11,5% des ressources) a été employée au bénéfice d’autres actions humanitaires», et pas toujours avec le consentement explicite des donateurs. «La générosité du public a largement excédé les besoins de l’urgence immédiate», explique la Cour.

Ainsi, alors que quelques ONG comme Médecins sans frontières ont rapidement arrêté d'appeler aux dons, «certains ont été amenés à employer une partie des fonds reçus pour d’autres causes que l’aide aux victimes du tsunami», selon le rapport. Parmi les ONG pointées du doigt, Action contre la faim a utilisé l’argent reçu dans les pays touchés par le tsunami, mais sans limiter ses interventions aux conséquences de la catastrophe.

Quant à la Croix-Rouge française, qui a récolté près d'un tiers des dons (122 millions d'euros), elle a employé 5 millions en frais de siège et près de 20 millions pour d'autres causes humanitaires, notamment des actions de prévention des risques dans la zone. «Nous considérons qu'utiliser une partie des dons pour le tsunami pour préparer les communautés à des catastrophes prochaines est conforme à la volonté du public et fait partie de notre mission», a réagi Jean-François Riffaud, porte-parole de la Croix-Rouge. Quant aux fonds «tsunami» utilisés par l'association en Afrique ou en Haïti, les donateurs avaient été informés de cette possibilité sur le formulaire à remplir, a-t-il précisé à l'AFP.

Manque de coordination mais bon emploi des fonds

Par ailleurs, la Cour a parfois constaté sur le terrain un manque de coordination entre ONG aboutissant à de regrettables doublons. Le Secours populaire français a par exemple construit dans la province d’Aceh, en Indonésie, un local coopératif pour les pêcheurs, une unité de fabrication de glace, une criée et un quai, «une opération intrinsèquement réussie», mais «à proximité immédiate d’autres locaux similaires, dont l’un financé par le Japon, qui demeurent, eux, inutilisés», note le rapport.

Malgré ces bémols, la Cour salue le bon emploi des fonds collectés par la majorité des ONG françaises mobilisées après le tsunami. Parmi elles, le Secours Catholique ou encore le CCFD (Comité catholique contre la faim et pour le développement), qui se sont appuyés sur des partenariats locaux anciens pour mener leurs actions, ou encore la Fondation de France, qui a choisi avec discernement les projets à financer. La Cour des comptes se penchera «très vraisemblablement» sur l'utilisation des dons reçus par les ONG françaises après le séisme en Haïti, a précisé un de ses porte-parole.