Le gaz de schiste, nouveau scandale environnemental?

ENERGIE Des permis de prospection ont été accordés en France mais les forages pourraient avoir des conséquences environnementales désastreuses…

Audrey Chauvet

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Gros plan de blocs de schiste, le 05 décembre 2007, après leur extraction dans les ardoisières d'Angers à Trélazé.
Gros plan de blocs de schiste, le 05 décembre 2007, après leur extraction dans les ardoisières d'Angers à Trélazé. — AFP PHOTO ALAIN JOCARD

La colère commence à monter chez les écolos. Révélées il y a quelques mois, les autorisations accordées à plusieurs entreprises par l’ex-ministre de l’Environnement, Jean-Louis Borloo, pour rechercher les gaz «non conventionnels» dans le sous-sol français font craindre le pire pour l’environnement.  Ces gaz, plus connus sous le nom de «gaz de schiste», représentent une manne d’énergie importante, mais leur exploitation nécessite énormément d’eau et l’injection de produits chimiques nocifs dans les sols. L’euro-députée Corinne Lepage demande un moratoire et un débat public sur ces futures exploitations, tandis que José Bové lance une pétition, signée à ce jour par près de 500 personnes, demandant le gel des explorations en France.

 >La Google map des permis de prospection en France

Signature dans la plus grande discrétion

En mars 2010, le ministère de l’Environnement accordait trois nouveaux permis d’exploration à trois entreprises, dont Total: à Montélimar, Nant (dans l’Aveyron) et Villeneuve-de-Berg (dans l’Ardèche), les entreprises ont carte blanche pour prospecter sur un terrain de plus de 9.600 km2 (l’équivalent de la superficie du département des Landes). Des prospections sont actuellement en cours en Seine-et-Marne, sur une surface de 420.000 hectares.

La députée européenne Corinne Lepage dénonce l’absence de débat public alors que «les conséquences pour les populations peuvent se révéler très lourdes»: «Il est inadmissible qu'aucun débat collectif et politique n'ait lieu sur une orientation qui met en péril la reconversion énergétique de nos sociétés, notre santé et nos ressources naturelles. Un moratoire s'impose en Europe et en France», écrit-elle dans une tribune publiée sur Rue89.

 Un procédé d’extraction consommateur d’eau et toxique

Si les écolos s’inquiètent, c’est parce que les gaz de schiste sont difficiles à extraire et le procédé mis au point par la société américaine Halliburton, la fracturation hydraulique, a déjà fait des dégâts aux Etats-Unis. L’eau du robinet des habitants de Fort Worth, au Texas, serait contaminée par les gaz selon des études menées par Josh Fox, réalisateur du documentaire Gasland, et des concentrations suspectes de benzène cancérigène et de divers composés neurotoxiques ont été relevées dans les villes de forages.

Les gaz de schiste ne sont en effet pas présents en poches dans les roches, mais répartis dans le sous-sol. Pour pouvoir les extraire, la fracturation hydraulique consiste à injecter de grandes quantités d’eau à très forte pression, auxquelles sont ajoutées des produits chimiques qui peuvent infiltrer les nappes phréatiques. Chaque fracturation nécessite de 7 à 15.000 m3 d’eau, et jusqu'à 50% de cette eau peut ne pas être récupérée.  

Une illusion d’abondance?

Une grande partie des sous-sols du monde contiennent des gaz non conventionnels, faisant ainsi miroiter un recul du «peak oil» aux pétroliers.  Mais selon Jean-Marc Jancovici, ingénieur spécialiste des énergies, la réalité est plus compliquée: «En Amérique du Nord, de très grosses quantités de gaz "en place" ont été trouvées. Mais les géologues savent déjà que le taux de récupération sera très faible (le gaz est très peu mobile dans cette formation géologique), ce qui rend difficile toute conclusion quantitative... et donc toute projection de production future.»