Morts en masse de poissons et d'oiseaux: «pas si inhabituel»

ANIMAUX Les phénomènes de morts massives d'animaux passent habituellement inaperçues...

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Ramassage d'oiseaux morts le 1er janvier 2011, à Beebe, dans l'Arkansas.
Ramassage d'oiseaux morts le 1er janvier 2011, à Beebe, dans l'Arkansas. — Warren Watkins/AP/SIPA

Des phénomènes spectaculaires mais pas extraordinaires. La mort de quelque 5.000 oiseaux, littéralement tombés du ciel le jour de l'An dans l'Arkansas (sud des Etats-Unis), a suscité la curiosité et les hypothèses ont commencé à fleurir après l'annonce d'autres phénomènes similaires affectant aussi des poissons. En quelques jours, des informations faisant état de la mort soudaine de quantités massives d'oiseaux et de poissons sont venues aussi bien de Suède que de Grande-Bretagne, du Japon, de Thaïlande ou du Brésil. Pigeons, méduses, vivaneaux, choucas... de nombreuses espèces semblent avoir été frappées.

Théories du complot et apocalypse

Adeptes de la théorie du complot, Cassandres de tout poil et extrémistes religieux n'ont pas tardé à avertir que la fin du monde était proche, et toutes sortes d'hypothèses ont été évoquées. Pouvait-il s'agir d'astronautes testant une puissante arme sonore pour éloigner les extra-terrestres? De tests de l'armée américaine portant sur une arme alimentée en énergie par satellite? D'aérosols chimiques, de pluies de météorites, de séismes rendant actifs les polluants déversés dans l'océan par la récente marée noire du golfe du Mexique?

En un battement d'aile, le mot «oiseau» est devenu le plus recherché sur le site internet du New York Times. Les sites de blogueurs religieux ont ressorti un passage de la Bible extrait du livre d'Osée (chapitre 4, verset 3): «C'est pourquoi le pays sera dans le deuil, tous ceux qui l'habitent seront languissants, et avec eux les bêtes des champs et les oiseaux du ciel; même les poissons de la mer disparaîtront».

Des phénomènes «pas si inhabituels»

Mais les spéculations qui ont envahi la blogosphère n'ont guère ébranlé les experts de la vie animale. Par rapport à une semaine normale, ce qui s'est passé «n'est pas si inhabituel», estime Kristen Schuler, du Centre national pour la faune de l'Institut de géophysique américain (USGS), qui ne voit dans le phénomène «rien d'apocalyptique».

Les oiseaux morts dans l'Arkansas, des carouges à épaulettes, ont vraisemblablement succombé à un accès de panique dû aux feux d'artifices bruyants, qui ont pu les «obliger à voler à une altitude plus basse que la normale et à heurter les maisons, les véhicules, les arbres ou d'autres objets», explique l'USGS.

Dans le Maryland (est), c'est la mort de deux millions de poissons de l'espèce Leiostomus xanthurus dans la baie de Chesapeake qui a laissé cois les habitants. Mais les responsables ont expliqué le phénomène par un coup de froid inhabituel, combiné à une surpopulation de l'espèce. «Les poissons sont morts de causes naturelles», a assuré le ministère de l'Environnement de l'Etat dans un communiqué, rappelant que la fragilité de l'espèce face aux hivers rigoureux était «bien connue». Les températures à la surface de la baie en décembre ont été les plus froides enregistrées en 25 ans.

Les nouvelles spectaculaires amplifiées par internet

Doug Inkley, de la Fédération nationale américaine de la faune, rappelle que les morts massives d'oiseaux passent souvent inaperçues, car elles se passent «loin des habitations, dans la forêt», a-t-il expliqué sur CNN. Mais à l'époque d'internet, les nouvelles se répandent à tire d'aile.

«En 1960, quand des oiseaux se mettaient à tomber du ciel, c'était peut-être noté par quelques personnes et repris dans le journal local, mais cela n'allait pas plus loin», explique Robert Thomson, professeur de «pop culture» à l'université de Syracuse. «Aujourd'hui, certaines de ces histoires, du fait qu'elles apparaissent sur internet, font tout de suite les titres de la presse nationale si elles sont spectaculaires». «Reconnaissons que de grandes quantités d'oiseaux qui tombent du ciel ou de poissons le ventre en l'air, c'est plutôt spectaculaire».