Pékin, saturé par les bouchons, s'attaque aux ventes de voitures

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Ces dernières années, le rêve de posséder une voiture s'est souvent matérialisé pour une classe moyenne chinoise en pleine expansion. Mais Pékin, inquiet des embouteillages et de la pollution, a mis un coup de frein brutal à l'effervescence chez les marchands d'automobiles.

Assis dans sa concession soudainement déserte, Li Hao, un vendeur du constructeur chinois Chery, confie qu'il n'a pas écoulé une seule voiture depuis le 24 décembre, date à laquelle les nouvelles règles sont entrées en vigueur.

En 2010 dans la capitale chinoise où il travaille, environ 2.000 nouveaux véhicules sont venus chaque jour s'ajouter au trafic déjà saturé, aggravant les embouteillages, malgré la présence de six périphériques, véritables autoroutes urbaines, ainsi que la pollution.

Cette inflation intenable a conduit les autorités à prendre les grands moyens, en limitant à 240.000 le nombre de nouvelles voitures à Pékin en 2011. Soit un tiers du total de 2010. Les immatriculations seront attribuées par tirage au sort.

Cette annonce a produit un effet contraire à celui attendu: en quelques jours des milliers de Pékinois, effrayés à l'idée de devoir se soumettre à un système de loterie, se sont rués chez les concessionnaires, avant l'entrée en vigueur de la législation.

Au cours de la première semaine de décembre, 20.000 voitures sont parties comme des petits pains, plus du double des 9.000 écoulées lors de la même période de 2009.

Cela a coûté son poste au plus haut responsable de la circulation automobile da la capitale chinoise. Huang Wei a été obligé de démissionner avant d'être affecté dans la lointaine région semi-désertique du Xinjiang, où il ne retrouvera sûrement pas les mêmes embouteillages.

Les autorités ont par ailleurs prévenu que les automobilistes immatriculés ailleurs qu'à Pékin devraient obtenir un permis pour circuler dans la capitale et que le prix des tickets de parking serait augmenté.

"Assurément, nous n'allons pas gagner d'argent cette année", prévoit avec pessimisme M. Li. "Nos revenus et nos ventes vont forcément chuter et je suis inquiet à propos de mon propre salaire et de mon propre travail".

Pourtant, relate-t-il, la concession était remplie de clients il y a encore quelques jours.

Parmi eux se trouvaient Tian Mao, un négociant en vins âgé de 33 ans. Aussitôt qu'il a entendu parler des nouvelles restrictions, il a couru chez son concessionnaire.

Pour 70.000 yuans (7.400 euros), il s'est offert une Chery, qu'il compte utiliser pour se rendre chaque jour à son travail.

"Je suis très content. J'ai acheté la voiture une semaine avant l'introduction du nouveau règlement. Elle était assez bon marché", dit-il.

Selon une étude publiée fin juin par IBM, c'est à Pékin - l'une des villes les plus polluées de la planète - et Mexico que la circulation automobile est la plus problématique au monde.

En s'appuyant sur dix critères comme les temps de déplacement, la durée des embouteillages ou le stress des conducteurs, Pékin atteint l'indice 99 (sur 100) sur l'échelle de pénibilité des transports automobiles calculé par IBM.

La capitale de 19 millions d'habitants compte trois fois plus de véhicules que Shanghai, mégapole à la population équivalente mais qui limite depuis des années les nouvelles immatriculations.

Pour les défenseurs de l'environnement, les nouvelles mesures arrivent trop tard. "Elles interviennent alors que les problèmes de circulation et de pollution à Pékin sont déjà devenus incontrôlables", estime Yang Ailun, de Greenpeace Chine.

D'autres experts pensent que les restrictions n'auront qu'un faible impact sur les ventes globales de voiture en Chine, le pays devant rester en 2011 le premier marché mondial.