"Tara-Océans": Noël sur le quai du bout du monde

© 2010 AFP

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Amarré au quai du bout du monde, à Ushuaia en Terre de Feu argentine, l'équipage du voilier océanographique Tara a célébré Noël comme une ultime oraison festive avant son départ pour le continent Antarctique.

Ushuaia (57.000 habitants) est la ville la plus australe de la planète à 54°48' de latitude Sud et ultime port en eau profonde avant le passage de Drake sur la route vers le continent glacé.

"Nous avons passé un Noël de marins dans la Marina Afasyn que dominent les derniers pics enneigés de la Cordillère des Andes, en compagnie d'une poignée d'autres équipages en partance comme nous pour l'Antarctique", a raconté à l'AFP le capitaine de Tara, Hervé Bourmaud, enfant de l'Île d'Yeu.

Chants, danses, cadeaux et modestes agapes, furent au menu de cette courte nuit de la nativité, avec le crépuscule à minuit et l'aube qui point en ce début d'été austral dès 4 heures du matin.

Arrivé à Ushuaia le 19 décembre, Tara reprendra la mer le 29 pour rejoindre la péninsule Antarctique et y poursuivre pendant un mois sa mission d'étude de l'impact des changements climatiques sur les micro-organismes marins (98% de la biomasse des océans et 50% de l'oxygène respiré), à l'origine de la vie sur Terre.

La goélette océanographique de 36 mètres a déjà parcouru quelque 50.000 km en Méditerranée, mer Rouge, mer d'Oman et sur les océans Indien et Atlantique depuis son départ de Lorient le 5 septembre 2009.

L'expédition "Tara-Océans" est inédite dans la continuité et la durée (3 ans) sur toutes les mers et océans. Depuis 15 mois, les quelque 80 scientifiques internationaux (océanographes, biologistes, généticiens, physiciens, spécialistes des coraux) de 22 laboratoires et Instituts de recherche de 7 pays, ont réalisé 77 stations de prélèvements scientifiques.

20.000 échantillons de plancton et phytoplancton (d'origine végétale), ont été recueillis et acheminés pour études dans les laboratoires de biologie et génétique marine.

Pour les marins et scientifiques de "Tara-Océans", le passage de Drake sera géographique et temporel, constituant à la fois la porte vers l'Antarctique et celle s'ouvrant sur 2011.

La nuit de la St Sylvestre, le voilier naviguera au coeur de ce ruban océanique large de de 500 milles nautiques (900 km), entre le cap Horn et l'île de Déception.

"Je m'attends à ce que les 50ème hurlants soient fidèles à leur réputation avec des vents de plus de 50 noeuds (100 km/h), de la neige et une mer très forte", envisage Hervé Bourmaud dont c'est la première incursion dans le très Grand Sud, à l'inverse du bateau qui l'a déjà parcouru depuis sa construction en 1989.

Mais Tara est conçu pour l'extrême ainsi qu'il l'a démontré en réussissant de septembre 2006 à mars 2008, une historique dérive arctique, prisonnier de la banquise, entre la Sibérie et le Spitzberg.

En Antarctique, les "Taranautes" rencontreront du brash (glace en petits morceaux), des growlers (assez gros morceaux de glace, à fleur d’eau) et des icebergs dont les gigantesques tabulaires.

Quant à la mer de Weddell (à l'Est de la péninsule), Tara devra sans doute se frotter à la banquise, en évitant de se faire prendre dans son étreinte.

L'océan Austral est le plus efficace puits d'absorption de carbone du monde. C'est une région d'un haut intérêt scientifique, très peu échantillonnée et riche en micro-organismes comme le krill la principale nourriture des baleines.

A son retour du continent blanc, l'extraordinaire voyage se poursuivra au mois de février dans le sauvage entrelacs des canaux de Patagonie et leurs violents vents catabatiques (qui descendent des plateaux vers la mer), cauchemar des marins de la Terre de Feu.