Du vert pour relancer l'économie d'une région en crise

REPORTAGE Le Nord de l'Angleterre place ses espoirs de sortie de crise dans la croissance verte…

Audrey Chauvet

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Le port d'Immingham, dans le Yorkshire, en Angleterre.
Le port d'Immingham, dans le Yorkshire, en Angleterre. — Yorkshire Forward

1997: le film The Full Monty met en scène cinq chômeurs de Sheffield passant de l’industrie métallurgique au striptease. Victimes de la crise industrielle des années 1980, les ouvriers essayaient de joindre les deux bouts, incarnant les difficultés d’une région toute entière.

2010: Sheffield essaye toujours de sortir la tête de l’eau. La région du Yorkshire, dans laquelle le taux de chômage a atteint 9,3% en décembre (contre 7,9% dans l’ensemble du pays), mise beaucoup sur l’économie verte. Parcs d’éoliennes offshore, capture et stockage du carbone, centrales électriques à la biomasse… Les énergies renouvelables peuvent-elles sortir la région de la crise?

La ville la plus verte côtoie d’immenses usines d’acier

On ne s’en rend pas bien compte en arrivant dans les banlieues industrielles où survivent les industries métallurgiques, mais Sheffield est la «ville la plus verte du Royaume-Uni». Les parcs et espaces verts recouvrent près des trois quarts de la ville, dans laquelle on compte quatre arbres pour un habitant. Un argument pour donner une image plus attractive de la région, parsemée de cheminées d’usines recrachant des fumées grisâtres.

Le Yorkshire compte sur ses atouts naturels pour attirer les investisseurs verts: un large estuaire bordé de nombreux ports reliés à la mer du Nord qui peut accueillir un parc d’éoliennes offshore, une agriculture qui peut fournir des résidus naturels pouvant se substituer au charbon dans les centrales électriques, un sous-sol qui peut servir de lieu de stockage du carbone capturé en sortie des usines…

Dans la pratique, la région est encore loin de l’irréprochabilité environnementale. La centrale de Drax, plus gros émetteur de CO2 d’Europe, se reconvertit à la biomasse, mais ne donne pas d’informations sur l’origine des résidus de bois importé. Une des plus grosses entreprises de la région, le fabricant d’acier Tata Steel, basée à Scunthorpe sur un site de la taille de 2.000 stades de football, se vante de produire de l’acier pour fabriquer les éoliennes mais continue à brûler 5.000 tonnes de coke par an et a doublé sa production ces dernières années tout en licenciant près de 20.000 salariés.

Les salariés de l’agence de promotion économique bientôt au chômage

La candidature de ABP (Associated British Ports, structure privée détenue par des fonds d’investissement qui gère plusieurs ports britanniques) pour accueillir une ferme de 5.000 éoliennes offshore représente un espoir pour toute la région du Yorkshire. Si les structures s’implantaient dans l’estuaire du Humber, ce seraient des centaines d’emplois qui seraient créés. Mais également plus de 200 hectares de terres qui seraient convertis en zone industrielle et agrandiraient le paysage portuaire constitué de raffineries de pétrole et d’immenses parkings de voitures neuves en attente d’être expédiées aux revendeurs.

Le Yorkshire met également en avant des arguments économiques qui pourraient peser très lourd dans la balance: un salaire horaire moyen de seulement  11,84 euros, moins de vacances que dans le reste de l’Angleterre (20 jours en moyenne par an contre 24 dans les autres régions), des employés «flexibles», «volontaires» pour travailler plus d’heures par semaine que dans les régions voisines, un droit du travail souple et un taux d’imposition faible… Le «Business as usual» est encore le modèle vanté par Yorkshire Forward, l’agence de développement économique de la région.

Ironie économique, l’agence Yorkshire Forward est actuellement en pleine restructuration: les employés seront bientôt remplacés par les services d’un grand cabinet de conseil américain.