A Cancun, la Chine s'est lancée dans une opération de charme

© 2010 AFP

— 

Hantée par les critiques qui se sont abattues sur elle après le sommet sur le climat de Copenhague, la rendant largement responsable de l'échec des négociations, la Chine s'est lancée dans une opération de charme à Cancun.

Durant les douze jours de pourparlers dans la cité balnéaire mexicaine, les négociateurs de la Chine --premier pollueur du monde-- n'ont cessé de répéter qu'ils étaient en quête de "compromis", y compris sur la difficile question du contrôle de leurs engagements pour réduire leurs émissions de CO2.

Et Pékin ne cherche pas seulement à convaincre dans l'arène diplomatique. La Chine a installé un vaste pavillon au coeur de la ville de Cancun et distribue des magazines dans les hôtels où logent les délégués pour mettre en valeur sa conversion aux énergies vertes.

Des efforts déjà largement déployés en octobre quand elle a accueilli à Tianjin le dernier round de négociations préparatoire à Cancun.

"Nous voyons un changement significatif dans leur stratégie de négociation", remarque Ailun Yang de la branche chinoise de l'ONG Greenpeace.

"C'est encourageant de voir que la Chine se concentre sur ce qu'elle peut offrir plutôt que de se contenter de répondre aux provocations des autres pays", ajoute-t-elle.

Pour autant, derrière les portes closes, les délégués chinois s'avèrent toujours être d'apres négociateurs et les discussions sur le contrôle de leurs promesses en matière d'émissions de gaz à effet de serre (GES) restaient l'un des points épineux de cette conférence onusienne qui rassemble plus de 190 pays.

Mais l'atmosphère était réellement différente de celle Copenhague, il y a un an, conférence à laquelle assistaient plus d'une centaine de chefs d'Etat et de gouvernement, dont l'Américain Barack Obama et le Chinois Wen Jiabao.

"Je pense que la Chine est sensible aux critiques", commente Duncan Marsh, directeur du département climat au sein de l'ONG The Nature Conservancy.

"Mais je pense aussi qu'ils ont plus confiance en eux. La Chine fait beaucoup pour contrôler ses émissions de gaz à effet de serre et ils savent qu'ils sont en tête dans le monde dans de nombreux secteurs", ajoute-t-il.

Juste avant la conférence de Cancun, Pékin a reconnu pour la première fois être devenue le premier pollueur du monde. Quelques jours plus tard, les autorités annonçaient avoir rempli leurs objectifs en matière d'émissions de GES pour la période 2006-2010, et être un "grand pays responsable".

Pékin s'est fixé un objectif de réduction des émissions de carbone par unité de PIB de 40% à 45% entre 2005 et 2020.

Par ailleurs, la Chine investit massivement dans l'énergie solaire --premier producteur mondial de panneaux voltaïques-- et éolienne, et dans la recherche sur les technologies vertes de demain.

"C'est dans le propre intérêt de la Chine", explique Zou Ji, professeur d'économie et environnement à l'université Renmin de Pékin, et directeur Chine du think tank World Resources Institute.

Du coup, à Cancun, les regards se tournaient vers les Etats-Unis, deuxième pollueur mondial, dont l'objectif de réduire de 17% par rapport à 2005 ses émissions de GES d'ici 2020 est considéré comme insuffisant, et qui, en plus, n'est plus en mesure de se doter d'une législation pour y parvenir après la victoire des Républicains aux dernières élections.

Opération de charme donc au bord de la Mer des Caraïbes...mais la diplomatie chinoise classique ne perd pas pour autant ses vieux réflexes.

Aussi, les délégués chinois refusaient de négocier directement avec leurs homologues norvégiens, en raison de la controverse sur l'attribution du prix Nobel de la paix au dissident Liu Xiaobo.

Les Chinois "marquent clairement le coup en refusant d'avoir des rencontres politiques, à Cancun comme ailleurs", a expliqué le ministre norvégien de l'Environnement, Erik Solheim, cité dans la presse de son pays.