La filière photovoltaïque voit rouge

ENERGIE Les professionnels du photovoltaïque se disent inquiets pour leur filière en raison du projet de décret présenté par François Fillon, et qui doit être discuté jeudi 9 décembre...

Mickaël Bosredon

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La centrale est composée de 7.600 modules solaires voltaïques qui  couvrent 12.000 mètres carrés de toiture, ce qui en fait une des plus  importantes installations solaires en service en France. La production  d'électricité de cette installation sera de 1.700.000 Kw/h par an et  revendue à EDF pour alimenter la consommation annuelle d'environ 600  foyers.
La centrale est composée de 7.600 modules solaires voltaïques qui couvrent 12.000 mètres carrés de toiture, ce qui en fait une des plus importantes installations solaires en service en France. La production d'électricité de cette installation sera de 1.700.000 Kw/h par an et revendue à EDF pour alimenter la consommation annuelle d'environ 600 foyers. — AFP PHOTO/ RICHARD BOUHET

Il y a de l’électricité dans l’air entre les professionnels de la filière photovoltaïque et le gouvernement. Le projet de décret sur le photovoltaïque présenté jeudi 2 décembre par François Fillon et qui doit être discuté jeudi 9 décembre au Conseil supérieur de l’énergie, a eu l’effet d’une bombe au sein de la filière. «Ce sont des dizaines d’entreprises et des milliers d’emplois qui sont menacés» hurle André Antolini, président du SER (Syndicat des énergies renouvelables).

Le gouvernement a annoncé sa volonté de suspendre pour quatre mois l’enregistrement de nouveaux projets de raccordement photovoltaïques, hormis les projets de particuliers, estimant que «le nombre de projets déjà enregistrés dépasse largement l’objectif fixé par le Grenelle et justifie la définition d’un nouveau cadre.» La puissance du parc photovoltaïque en France a grimpé de plus de 100% depuis fin 2009. Cet emballement aurait profité à nombre d’investisseurs et le gouvernement souhaite faire éclater la bulle spéculative née de tarifs de rachat par EDF avantageux. Cette croissance menacerait par ailleurs de faire flamber la facture d’électricité, puisque le rachat de l’électricité photovoltaïque est financé par le consommateur, via la CSPE (Contribution au service public de l’électricité).

«Un nouveau coup de boutoir contre la filière»

"Geler une activité durant quatre mois, ce n'est pas tenable, considère Erwan Hildenbrand, président du Synaip (Syndicat national des installateurs du photovoltaïque). "C'est un nouveau coup de butoir que nous subissons, après deux baisses des tarifs de rachat de l'électricité en janvier puis en septembre 2010, ainsi qu'une baisse du crédit d'impôt pour les particuliers. Cela fait beaucoup pour une nouvelle filière."

Si les professionnels se montrent plutôt favorables à une concertation et à l’adoption de nouvelles règles, estimant que cela permettra de purger les nombreux projets en file d'attente, ils tirent à boulets rouges sur la rétroactivité du projet de décret: un article du texte stipule que la suspension «ne s’applique pas aux installations dont le producteur a versé au gestionnaire de réseau, avant le 2 décembre 2010, un premier acompte en vue de son raccordement au réseau.» «Il faut plus de six mois entre le début d'un projet et le versement de ce premier acompte, cela veut donc dire que tous les projets depuis juillet dernier sont annulés» dénonce Erwan Hildenbrand.

Enerplan, l'association professionnelle de l'énergie solaire, fait la même analyse, et considère que «les mesures rétroactives proposées dans le projet de décret seraient létales pour un grand nombre d'entreprises». «Les entreprises ont investi pour presque 1,5 milliards d'euros. Là on leur dit que tout cela ne vaut plus rien» résume André Antolini.

La plupart des organismes professionnels planchent actuellement sur des amendements qu'ils présenteront jeudi prochain.