A Cancun, les peuples autochtones craignent un accord sur les forêts sans eux

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Ils connaissent parfaitement la forêt, savent comment la préserver et souffrent directement de la déforestation: au coeur d'un des grands dossiers en négociation à la conférence climat de Cancun, les peuples autochtones craignent pourtant de ne pas être entendus.

Le mécanisme REDD + (Réduction des émissions dues à la Déforestation et à la Dégradation des forêts), est présenté comme l'un des rares "fruits mûrs" qui pourrait faire l'objet d'une décision lors de ces négociations qui rassemblent plus de 190 pays.

Il consiste à amener les pays qui abritent de précieuses forêts tropicales, comme le Brésil, l'Indonésie ou les pays du bassin du Congo, à éviter de les couper et à les protéger, en leur versant des compensations financières.

Un sujet central quand on sait que les émissions de gaz à effet de serre liées à la déforestation représentent jusqu'à 20% du total.

Mais seules 9% des forêts du monde sont la propriété légale des populations autochtones.

Cela pourrait signifier qu'au nom de la protection des forêts, on leur impose des choix contraires à leurs intérêts vitaux: monoculture dans le cadre du reboisement, se voir interdire de chasser dans des zones protégées, ou dans des cas extrêmes, êtres expulsés de leurs terres ancestrales.

Les négociations sur REDD+ ne devaient débuter que ce vendredi, soit cinq jours après l'ouverture de la conférence de l'Onu, et il ne restait qu'une poignée de jours pour les boucler.

Un choix délibéré de nombreuses délégations pour éviter d'ouvrir la boîte de Pandore alors que le dossier était quasiment finalisé lors du dernier grand-rendez vous climat de Copenhague, il y a un an.

"On a plus de risque que de bénéfice à essayer de l'améliorer", explique un négociateur européen.

En revanche, chaque matin, se réunit une assemblée de représentants de peuples autochtones, principalement d'Amérique latine, mais aussi d'Asie et d'Afrique, pour organiser le meilleur lobbying possible.

Ils militent auprès des délégations de leurs pays, mais aussi de l'Union européenne, pour que REDD+ contienne une "clause de sauvegarde" qui impose "le consentement libre, préalable, et informé" des communautés autochtones à la mise en oeuvre de mesures pour lutter contre la déforestation.

Ils demandent que soit intégrée aussi au texte la déclaration de l'Onu sur les droits des peuples autochtones, adoptée en 1997.

Et, pour l'heure, c'est la méfiance qui règne, même si le texte actuellement en négociation évoque "la participation" des populations autochtones dans le processus REDD+.

"Ils ne nous permettent pas de participer directement à la négociation, où il n'y a que des délégations des gouvernements, et ils le font à huis clos", explique Onel Masardule, chef de la communauté kuna du Panama.

"Ce que nous voyons, c'est qu'ils ne veulent pas accepter la Déclaration (de l'Onu) parce qu'elle implique de prendre des engagements auprès de nos communautés, les consulter et les informer de toutes les initiatives au lieu de simplement les leur imposer", ajoute-t-il.

Leur principal allié est la Bolivie, qui a demandé à muscler la clause de sauvegarde sur les populations autochtones.

Mais pour Jérôme Frignet, spécialiste des questions forêts à Greenpeace France, même adoptée, le respect d'une telle clause de sauvegarde reste une question ouverte.

"Elle n'offrira jamais de garantie dans le type de texte", relativement général, qui pourrait être adopté à Cancun, estime-t-il.

Les représentants des populations autochtones en sont conscients. "Il faut dormir avec un oeil fermé et l'autre ouvert, parce que l'anaconda, le jaguar, l'esprit malin est toujours à l'affût", assure l'Equatorien, Juan Carlos Jintiach.