Sommet de Cancun: d'abord pour lutter contre la déforestation

CLIMAT Le mécanisme REDD discuté à Cancun pourrait être détourné de son objectif…

Audrey Chauvet
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Déforestation en Indonésie par le feu.
Déforestation en Indonésie par le feu. — Achmad Ibrahim, file/AP/SIPA

Thème central du sommet de Cancun sur le climat, qui s’ouvre lundi au Mexique, la lutte contre la déforestation est un moyen naturel et efficace de réduire la quantité de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Avec le programme REDD (comme Réduire les émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts), les Nations unies ont mis en place un cadre international de préservation des forêts des pays en développement. Souvent menacés par l’agriculture et l’urbanisation, ces puits naturels de carbone pourraient être sauvés grâce à des mécanismes financiers  qui laissent les ONG sceptiques.

Un mécanisme encore à définir

REDD, ce sont douze pays de l’hémisphère Sud (Bolivie, Cambodge, République démocratique du Congo, Indonésie, Panama, Papouasie Nouvelle Guinée, Paraguay, Philippines, îles Salomon, Tanzanie, Vietnam et Zambie) et  150 millions de dollars (114 millions d’euros), selon les chiffres de la Banque mondiale, pour compenser la non-déforestation. En pratique, et même si les mécanismes restent encore à préciser, REDD consiste à donner une valeur au carbone «économisé» grâce à la préservation de la forêt.

Les pays du Sud disposeront ainsi de fonds, censés compenser le manque à gagner de la non-exploitation de la forêt, pour mettre en place des programmes de gestion durable de leurs forêts.

Pour financer ce mécanisme, plusieurs projets sont à l’étude, dont un fonds multilatéral ou une connexion avec le marché du carbone qui permettrait d’inciter les pays du Nord à verser des fonds aux pays du Sud en échange de crédits carbone négociables  sur le marché.

L’objectif: atténuer le réchauffement climatique ou faire de l’argent?

Plébiscitée par les entreprises du Nord et par les pays fondateurs de REDD (la Papouasie et le Costa-Rica), cette dernière solution alerte toutefois les ONG. Dans un rapport paru à l’occasion du sommet de Cancun, Friends of the Earth dénonce une échappatoire pour les pays industrialisés qui les «encouragerait à compenser leurs émissions plutôt que vraiment les réduire». D’autre part, un afflux de crédits carbone sur le marché entraînerait une baisse artificielle du prix du carbone, permettant aux entreprises ayant dépassé leur quota d’acheter des crédits à moindre coût.

Autre inquiétude de Friends of the Earth: la privatisation des ressources naturelles et la mise à l’écart des populations locales. Celles-ci sont rarement consultées dans le cadre d’un programme de reforestation et voient souvent leurs forêts «rachetées» par des entreprises du Nord qui en tirent de substantiels profits. Ainsi, Friends of the Earth rapporte qu’en Indonésie, un programme de reforestation mené par le pétrolier Shell et le gazier russe Gazprom leur permettra de gagner 750 millions de dollars (avec une tonne de carbone à dix dollars sur le marché). Sur ces gains, seulement 25 millions de dollars seraient reversés aux populations locales pour améliorer les soins de santé et l’éducation dans la région.

Dans la lutte contre le réchauffement climatique, les forêts sont cruciales: les scientifiques estiment que leur disparition représente 20% des émissions de gaz à effet de serre. Toutefois, les ONG rappellent que la fin ne justifie pas toujours les moyens: «L'objectif est d'atténuer le réchauffement climatique. Pas de faire de l'argent», avertit Friends of the Earth.