Tara-Océans: cap au Grand Sud sur les traces de Darwin

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La goélette océanographique Tara a quitté jeudi Buenos Aires en Argentine et mis le cap au Grand Sud, pour une nouvelle navigation scientifique qui conduira son équipage de marins et chercheurs sur les traces de Charles Darwin, d'abord à Ushuaia à la pointe de la Terre de Feu, puis en Antarctique.

Tara avait quitté le 5 septembre 2009 le port de Lorient, pour cette mission "Tara-Océans" inédite -dans la continuité et la durée (3 ans)- sur toutes les mers et océans afin d'observer l'impact du changement climatique sur les écosystèmes planctoniques marins (90% de la bio-masse des océans) à l'origine de la vie sur la planète bleue.

Le deux mâts de 36 mètres a déjà parcouru quelque 50.000 km en Méditerranée, mer Rouge, mer d'Oman et sur les océans Indien et Atlantique. 77 stations de prélèvements scientifiques ont été réalisées. 20.000 échantillons de plancton et phytoplancton (d'origine végétale), ont été recueillis et acheminés pour études dans les laboratoires de biologie et génétique marine.

Quelque 80 scientifiques internationaux (océanographes, généticiens, biologistes marins, spécialistes des coraux...) appartenant à 22 laboratoires et instituts de recherche de 7 pays se sont relayés à bord de la goélette.

Après une longue traversée de l'Atlantique Sud, depuis le Cap de Bonne Espérance, Tara a abordé la côte latino-américaine à Rio de Janeiro à la fin octobre, puis a fait escale à Buenos Aires.

Le bateau océanographique va rester 8 mois dans les eaux du continent sud-américain, hormis une incursion dans la péninsule Antarctique. "A partir de maintenant et en mettant le cap sur le Grand Sud, la navigation va être sportive", a indiqué à l'AFP, Hervé Bourmaud, 39 ans, le capitaine de Tara.

"Nous nous acheminons vers les très hautes latitudes (au-delà des 50e hurlants) avec de fortes dépressions, des vents dominants contraires, violents et froids, et une mer forte. Mais le bateau est conçu pour l'extrême. Pas de soucis. C'est l'équipage qui va devoir encaisser. Mais il est également qualifié pour l'extrême. Donc, pas d'inquiétude, ni du côté hommes, ni du côté machine", a assuré le capitaine.

La goélette était entrée dans l'Histoire en réussissant de septembre 2006 à mars 2008, sous l'égide du programme scientifique européen Damoclès et dans le cadre de l'Année Polaire Internationale, une historique dérive arctique, prisonnière de la banquise, entre la Sibérie et le Spitzberg.

Jusqu'à Ushuaia, 6 chercheurs (5 Français et 1 Argentine) embarqués à Buenos Aires vont tenter de réaliser 6 stations scientifiques de prélèvements de micro-organismes, à la convergence du courant subtropical (Nord-Sud) qui descend du Brésil, et du courant Antarctique des Malouines qui remonte vers le Nord.

"Ce sont des zones riches en biodiversité avec un mélange d'espèces propres à ces deux courants contraires", explique le Professeur Eric Karsenti, biologiste cellulaire, co-directeur de Tara-Océans et responsable scientifique de l'expédition.

"Quant à l'océan Austral -le plus important puits de carbone du monde- notamment au Nord de la mer de Weddell, c'est une région hautement intéressante, très peu échantillonnée, riche en micro-organismes comme le krill la principale nourriture des baleines".

Le voyage extraordinaire de Tara se poursuivra ensuite dans le Pacifique, d'abord le long de la côte chilienne en faisant un crochet par l'île de Pâques, puis aux Galápagos, aux Îles Marquises, à Papeete et enfin en Nouvelle-Zélande, où la deuxième année de mission prendra fin.

  1. Site officiel de l'expédition Tara Océans