Ce qu'il faut savoir sur la conférence de Cancun

CLIMAT Les clés pour comprendre ce qui se passera pendant le sommet des Nations unies sur le climat…

Audrey Chauvet

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Le centre de conférences de Cancun, au Mexique.
Le centre de conférences de Cancun, au Mexique. — AFP PHOTO/Ronaldo Schemidt

Il y a un an, le sommet de Copenhague sur le climat se soldait par une déception et un accord signé à la va-vite qui ne posait pas d’objectifs ambitieux et contraignants de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Les 192 pays faisant partie de la convention des Nations unies sur le climat se réuniront à partir du 29 novembre, à Cancun au Mexique, pour faire avancer les négociations. 20minutes.fr décrypte les enjeux de ce sommet.

Dans quel contexte se passe ce sommet?

Les questions climatiques ne sont pas décorrelées des autres enjeux internationaux. Le contexte économique, avec le retour à des plans de rigueur dans plusieurs pays, et politique n’est pas très favorable à l’adoption de décisions marquantes à Cancun.

La Chine, premier émetteur mondial de gaz à effet de serre, poursuit  un objectif de limitation de ses émissions dans une optique industrielle: «La Chine déploie massivement et agressivement les énergies renouvelables, commente Emmanuel Guérin, directeur du programme Climat à l’Iddri (Institut du développement durable et des relations internationales). A tel point que des plaintes pourraient être déposées, notamment par les syndicats américains, auprès de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) pour violation de certaines règles, notamment les subventions à l’export».

Car aux Etats-Unis, ce n’est pas tant le climat que les perspectives économiques et la recherche de l’indépendance énergétique qui inquiète. L’échec de Barack Obama aux élections de mi-mandat a enterré les espoirs pour l’adoption d’une politique climatique fédérale, à laquelle le Sénat républicain est opposé.

«L’enjeu sera de signaler que sur le climat on reste dans une attitude coopérative, en dehors du protectionnisme et des litiges commerciaux», explique Emmanuel Guérin.

Quelle est la position de la France et de l’Europe?

La délégation européenne partira à Cancun avec les objectifs qu’elle avait déjà formulés pour Copenhague: 20% de réduction des émissions de gaz à effet de serre en 2020 par rapport au niveau de 1990, avec la possibilité de descendre à 30% si les autres pays s’engagent également à faire un effort. La majorité des députés européens a affirmé jeudi qu’il était dans l’intérêt de l’Europe de passer à 30%, notamment pour des raisons «basiquement économiques» comme l’explique l’eurodéputé Yannick Jadot: «Sur les cinquante premières entreprises vertes dans le monde, 25 sont asiatiques, 22 américaines et seulement trois européennes. Si on rate ce coche, l’économie européenne sera un musée à la fin du siècle».

La France, dont la position n’est pas encore clairement définie, devrait suivre le mouvement européen. Brice Lalonde sera l’ambassadeur de la délégation française, aux côtés de la nouvelle ministre de l’Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet.

Que peut-on attendre de Cancun?

Après Copenhague, ce n’est pas le sommet de Cancun qui relèvera les ambitions de réduction des pays. Cancun est plutôt un point politique pour valider le processus de négociations des Nations unies et discuter de grandes questions politiques: «On devrait revenir sur les financements à court et long terme, l’avenir du protocole de Kyoto et la formalisation ou non des engagements contenus en annexe de l’accord de Copenhague», détaille Emmanuel Guérin.

Rien de très concret, sauf pour un «paquet de décisions» qui pourraient permettre de cadrer, entre autres, les transferts de technologie et le financement de la déforestation évitée. La question de la vérification des émissions de gaz à effet de serre devrait également être abordée, tous les pays devant arriver tôt ou tard à un système harmonisé de quantification et de déclaration de leurs émissions.

Quelle peut être l’issue du sommet?

D’après Emmanuel Guérin, des signaux montrent que les Etats veulent « faire des efforts pour que ça marche». L’Europe notamment reste attachée au processus de négociations des Nations unies et devrait tenter de sauver la pertinence de ces rencontres internationales. Toutefois, cette conférence ne pourra être un succès que sur la forme et non sur le fond: «On peut raisonnablement penser qu’on aboutira à l’adoption du paquet de décisions techniques, mais on ne sait pas encore si cela aura des conséquences contraignantes ou pas. C’est-à-dire qu’on peut se limiter à créer des comités ou bien aller jusqu’à formaliser ces volontés et demander que des accords contraignants soient pris à Durban en 2011».

Et le climat dans tout ça?

Cancun ou pas, le climat ne se porte pas bien. Selon les dernières études scientifiques, si tous les pays réalisaient réellement leurs objectifs les plus ambitieux (par exemple, si l’Europe ramenait ses émissions de 2020 à un niveau inférieur de 30% à celles de 1990 et si les Etats-Unis atteignaient 17% de réduction par rapport à 2005), on arriverait à 49 gigatonnes de CO2 dans l’atmosphère en 2020. Or, il faudrait limiter cette concentration à 44 gigatonnes pour que le climat ne se réchauffe pas de plus de 2°C, niveau au dessus duquel les conséquences sont difficilement prévisibles et donc non maîtrisables.