Les déchetteries de Saxe, nouvelle mine de métaux rares?

© 2010 AFP

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De vulgaires panneaux solaires fêlés? Non, de l'indium. Des ampoules à économie d'énergie brisées? Non, de l'europium. Alors que l'accès aux métaux rares est devenu un enjeu international, un chimiste allemand pense avoir trouvé la solution dans le recyclage.

"C'est incroyable que presque personne n'y ait pensé avant!", s'exclame Wolfram Palitzsch, en arpentant son laboratoire encombré de flacons et d'éprouvettes à Hainichen, petite ville de Saxe (est de l'Allemagne).

Ce scientifique de 44 ans n'a pas attendu cet été que le monde s'inquiète de la main-mise de la Chine sur certains matériaux aux propriétés technologiques exceptionnelles, qualifiés de "terres rares", pour se pencher sur le problème de l'accès aux métaux stratégiques.

Employé par une société qui fabrique notamment des produits de traitement des eaux, M. Palitzsch se retrouve confronté en 2007 et 2008 à l'envolée des prix de l'aluminium, un matériau indispensable à son activité.

Il se souvient alors de son père, qui collectait soigneusement les opercules métalliques des yaourts et bouteilles de lait afin de les revendre, et se lance sur la piste du recyclage.

Par l'intermédiaire d'anciens camarades d'études, souvent employés dans les industries de panneaux solaires qui fleurissent en ex-RDA, le scientifique a l'idée de récupérer l'aluminium contenu dans les cellules photovoltaïques.

Puis il s'intéresse à un autre métal contenu dans les rebus de l'industrie solaire: l'indium, qui ne fait pas partie de la catégorie des "terres rares" mais n'en est pas moins un matériau stratégique, utilisé notamment pour fabriquer des écrans plats et dont le prix a été décuplé ces dernières années.

Dans une usine à la façade délabrée qu'il appelle affectueusement "la vieille baraque", M. Palitzsch fait visiter le hangar où il mène ses expérimentations dans quelques cuves fumantes.

A partir de bris de panneaux solaires, il obtient du verre propre, prêt à la refonte et un liquide contenant le précieux indium.

Il explore aussi une autre piste: celle du retraitement de la poudre blanche fluorescente des ampoules à économie d'énergie, qui contient des traces infimes des fameuses "terres rares", comme l'europium, utilisé pour obtenir la couleur rouge sur les écrans télé.

Pendant des années, il a frappé aux portes des entreprises allemandes pour vanter son procédé, en vain. "J'ai été invité à parler de mes découvertes à Tokyo, et j'ai eu l'impression qu'on s'intéressait plus à ce sujet au Japon que chez moi. Nous autres Allemands sommes parfois trop lents...", soupire le quadragénaire dégingandé, en tirant sur sa blouse blanche.

Cette année pourtant, le ministère allemand de l'Economie a attribué une bourse de 85.000 euros au scientifique et à son patron, Ulrich Loser, pour passer du stade du petit chimiste à celui de l'exploitation industrielle.

Dès l'été ou l'automne prochain, ils comptent démarrer le recyclage en masse de panneaux solaires: "Il faut y penser maintenant, pas dans 25 ans quand il s'agira de renouveler et démonter tous les parcs solaires", martèle M. Palitzsch.

Quant aux "terres rares", si le chimiste allemand est enthousiaste, les experts sont plus prudents: la récupération de ces métaux "est très complexe, je ne crois pas au recyclage de grande ampleur à court terme. S'il y a du potentiel, c'est à moyen voire long terme", déclare à l'AFP Volker Steinbach, géologue de l'Institut allemand des matières premières.