100 millions de personnes exposées à des substances toxiques dans le monde

PLANETE Les six premières substances toxiques ont été répertoriées, ainsi que leurs effets sur la santé humaine...

Audrey Chauvet

— 

Des hommes nettoient des containers remplis de substances toxiques dans une rivière du Bangladesh, à Dhaka en mai 2007.
Des hommes nettoient des containers remplis de substances toxiques dans une rivière du Bangladesh, à Dhaka en mai 2007. — KHAN PALASH/SIPA

Difficile de vivre en bonne santé dans un environnement pollué. L’ONG suisse Green Cross recense, dans un rapport publié début novembre, les substances toxiques qui menacent non seulement les milieux naturels mais également la santé humaine. L’ONG a réussi à chiffrer approximativement le nombre de personnes exposées aux six substances les plus fréquentes. Au total, près de 100 millions de personnes, majoritairement dans les pays du Sud, seraient victimes du mercure, du plomb, du chrome, de l’arsenic, des pesticides, ou des radionucléides (élements radioactifs).

Le mercure rend fou

Présent dans un grand nombre de produits et de procédés industriels, le plomb est la substance toxique la plus répandue dans le monde: de 18 à 22 millions de personnes y seraient exposées. Des carburants aux déchets de la métallurgie, du matériel de pêche à la fabrication de la céramique, le plomb est un polluant discret mais persistant qui peut infiltrer les nappes phréatiques ou être relâché par les fumées industrielles.

Le mercure, utilisé massivement pour l’extraction minière, notamment celle de l’or, toucherait aujourd’hui de 15 à 19 millions de personnes, et met en danger les écosystèmes des cours d’eaux dans lesquels il se déverse. Son impact sur le système neurologique humain est connu depuis des années et aurait même inspiré le personnage du Chapelier fou de Lewis Carroll: «L’expression mad hatter, fou à lier en anglais, a pour origine les dégâts neurologiques dont étaient victimes ceux qui nettoyaient les chapeaux de feutres avec du mercure», relate Annie Leonard, auteur de La planète bazar.

Des poisons lâchés dans la nature

Les autres substances toxiques identifiées par le rapport de Green Cross, grâce à l’étude de 600 sites pollués dans quarante pays, sont le chrome (13 à 17 millions de personnes exposées); l’arsenic, utilisé dans le processus d’extraction de l’or (5 à 9 millions de personnes); les pesticides (5 à 8 millions de personnes directement exposées, sans compter les résidus présents dans l’alimentation); et les radionucléides (5 à 8 millions de personnes exposées).

Toutes ces substances sont la cause d’affections mentales et physiques: dysfonctionnement d’organes, troubles neurologiques, cancers... Selon Green Cross, elles peuvent aussi aggraver des problèmes déjà existants en affaiblissant le système immunitaire.

Aider les pays en développement à dépolluer les sites

Le plus souvent, les personnes exposées aux substances toxiques l’ignorent. Des médecins qui se sont rendus dans l’état nigérian de Zamfara y ont découvert des villages où il n’y avait quasiment plus d’enfants. Dans toute la région, plus de 400 enfants étaient morts d’empoisonnement au plomb, tandis que les 2.500 survivants présentaient des concentrations de plomb dans le sang extrêmement élevées.

Dans ces villages, l’extraction artisanale de l’or a entraîné une pollution de l’air au plomb persistante: «C’est souvent l’artisanat local, les grandes industries d’Etat ou l’économie souterraine comme l’extraction de l’or et le recyclage des piles qui cause ces pollutions», explique Richard Fuller, président de Blacksmith Institute, une ONG américaine qui a travaillé avec Green Cross sur ce rapport. Cet institut a participé à la dépollution d’une vingtaine de sites dans des pays qui manquent d’information et de techniques pour cela. Richard Fuller appelle aujourd’hui la communauté internationale à constituer un fonds pour aider les pays en développement à lutter contre ces pollutions meurtrières.

Mots-clés :