Méditerranée: la pêche du thon rouge sous surveillance

PLANETE Le point sur la pêche au thon rouge en France, des quotas au marché noir...

Audrey Chauvet

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La France a regretté lundi qu'une étude internationale accusant les pêcheurs d'avoir sciemment dépassé leurs quotas de thon rouge entre 1998 et 2007 et les autorités d'avoir laissé faire, se réfère à des pratiques révolues depuis 2007.
La France a regretté lundi qu'une étude internationale accusant les pêcheurs d'avoir sciemment dépassé leurs quotas de thon rouge entre 1998 et 2007 et les autorités d'avoir laissé faire, se réfère à des pratiques révolues depuis 2007. — Marcel Mochet AFP/Archives

Le ministère de la Pêche, les ONG et les thoniers sont dans les starting-blocks pour la réunion de la Cicta (Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique) qui débutera à Paris le 17 novembre. Quelques jours avant le début de cette réunion au cours de laquelle les quotas de pêche mondiaux doivent être rediscutés, Greenpeace milite déjà au volant de sa «thonmobile», tandis que le ministère de la Pêche se défend d’avoir fermé les yeux sur un dépassement des quotas. 20minutes.fr fait le point sur cette pêche très controversée.

Les populations de thon rouge s’épuisent en Méditerranée

Revendu à prix d’or pour être transformé en sashimis (80% des prises sont destinées au marché japonais), le thon rouge de l’Atlantique, qui gagne les eaux méditerranéennes pour se reproduire, est victime de son succès: même s’il est difficile d’évaluer précisément la quantité de thons encore en vie, l’âge de capture des poissons, de plus en plus précoce, et la quantité des prises amènent les scientifiques à penser que le stock est près de l’épuisement.

La généralisation de la pêche à la senne, qui consiste à enfermer les bancs de poissons dans de très larges filets, a contribué à affaiblir considérablement la quantité de thons nageant en Méditerranée. Les poissons sont ensuite transférés dans des fermes d’élevage, où ils sont engraissés avant d’être abattus et vendus.

Faire respecter les quotas

Pour préserver le thon rouge, des quotas de capture ont été instaurés par la Cicta et la Commission européenne. Au niveau mondial, le quota de pêche pour 2010 est de 13.500 tonnes, dont 2.012 tonnes pour la France (environ 15%). Ce quota concerne les dix-sept thoniers senneurs français pêchant en Méditerranée.

Pour contrôler les prises, la Direction des pêches maritimes et de l’aquaculture (DPMA) au ministère de l’Agriculture et de la Pêche tient un registre. «Quand un navire capture des thons, il en informe la DPMA, explique Etienne Jarry, coordinateur des programmes d’observation chez Cofrepêche. Il donne un relevé avec une estimation de la quantité capturée et demande une autorisation de transfert précisant dans quelle ferme, dans quelle cage et à quel moment le poisson sera transféré. La DPMA a 24 heures pour donner son accord ou refuser, le temps de vérifier où le bateau en est de son quota. Une fois atteints les 80%, le navire est fermé à la pêche», précise Etienne Jarry à 20minutes.fr.

Des observateurs embarqués sur les thoniers

Malgré cet encadrement, les ONG dénoncent des dépassements de quotas fréquents et un marché noir du thon rouge. Le programme régional d’observateurs de la Cicta pour le thon rouge, durant la campagne de pêche du 15 mai au 15 juin 2010, pourrait permettre de repérer les contrevenants. Les observateurs indépendants embarqués dans les thoniers les plus importants (plus de 24 mètres) ont la mission de tenir un journal de tout ce qui se passe sur le bateau, mais aussi de ce qui se passe autour.

«Les observateurs notent tous les bateaux qu’ils croisent. En rapprochant ces informations des listes de thoniers autorisés de la Cicta, qui lui rapportent leurs mouvements, on peut en déduire si ce sont des navires litigieux», explique Etienne Jarry. De la même manière, les transferts frauduleux de poissons entre bateaux doivent être rapportés par les observateurs.