La filière de l’éclairage veut faire la lumière sur les nuisances lumineuses

ENVIRONNEMENT Les professionnels de l'éclairage public s'estiment injustement attaqués dans le débat sur les nuisances lumineuses, et proposent des actions pour améliorer la performance des ampoules…

Mickaël Bosredon

— 

A Paris, la Tour Eiffel s'est illuminée pour célébrer la nouvelle année et ses 120 ans.
A Paris, la Tour Eiffel s'est illuminée pour célébrer la nouvelle année et ses 120 ans. — AFP/Bertrand Langlois

Ils veulent éclairer le débat sur les nuisances lumineuses. Les professionnels de l’éclairage public en France se sont réunis mardi 9 novembre à Paris, pour présenter les actions en faveur de l’environnement menées par la filière. «On met régulièrement en avant les nuisances dues à l’éclairage public: halo gênant l’observation des étoiles, perturbateur de la vie nocturne de la faune, risque menaçant la biodiversité… Certains en viennent même à proposer d’éteindre la lumière. Ce faisant, on oublie que l’éclairage est une source de progrès pour la sécurité des citoyens, et qu’il concourt à la valorisation du patrimoine des collectivités locales, et qu’il a donc un impact économique», insiste Bernard Vadon, président du Serce (Syndicat des entreprises de génie électrique et climatique). Michel Francony, président de l’association française de l’éclairage, a lui exhorté la filière à se «mobiliser, pour démontrer que nous pouvons apporter des réponses raisonnables à des peurs irraisonnées».

L’éclairage public en France représente 9 millions de point lumineux

Ces réponses tiennent en un mot: modulation, plutôt qu’arrêt de l’éclairage. «Nous entrons dans l’ère de la lumière électrique que l’on peut gérer au plus près», explique Vincent Marchaut, de l’association des ingénieurs territoriaux de France. «La question qu’une collectivité doit se poser aujourd’hui, c’est comment éclairer quand il le faut. Mais pour cela, il faut bien connaître le rythme de sa ville.» L’enjeu est de taille: l’éclairage public en France représente 9 millions de points lumineux, et consomme 5,5TWh, soit environ 13% de l’éclairage total du pays. Il y aurait environ un tiers de ces points lumineux à remplacer. «L’éclairage public pèse en moyenne 23% de la facture énergétique d’une commune», indique Maud Lelièvre, déléguée générale de l’association des éco-maires. «Si c’est pour éclairer le ciel, cela ne sert à rien, une municipalité doit donc bien connaître son éclairage, savoir où il faut éclairer, et utiliser le bon type de matériau.»
 
Des communes se sont saisies du problème, avant même le Grenelle de l’environnement, qui va déboucher en 2011 sur des mesures contraignantes, notamment à l’encontre de l’éclairage «à boule» -connu pour sa faible performance d’éclairement - et des faisceaux lasers. Ainsi, le village d’Ay-sur-Moselle, 1.570 habitants, a remplacé un tiers de ses 300 points lumineux, et a installé un système de télégestion. «Un process électronique est installé dans les lampes, ce qui nous donne en permanence l’état de l’éclairement. On peut ainsi le diminuer si besoin. Et chaque soir, nous réduisons l’intensité de 50% à partir de 22h, et le remettons à pleine puissance à partir de 5 h du matin», raconte la maire de la commune, Catherine Lapointe.

Une économie de 30% sur la facture énergétique

La ville de Clermont-Ferrand, qui compte 19.000 points lumineux et consomme 2MW chaque année, va aussi passer progressivement à la modulation de l’éclairage dès 2011. «L’économie escomptée devrait être de 300.000 à 400.000€ par an, sur une facture énergétique d’ 1 million d’euros», a calculé le sénateur-maire Serge Godard. La ville s’intéresse aussi aux ampoules à LED, qu’elle utilise dans ses guirlandes de Noël, pour son éclairage public.
 
La technologie LED, dont la forte luminance pourrait représenter des risques d’éblouissement dans certains cas, selon l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), est encore peu répandue dans l’éclairage public, mais devrait se généraliser ces prochaines années.