Les Pinocchio de l'environnement couronnés par les Amis de la Terre

PLANETE Greenwashing, plantation de canne à sucre et mines de nickel ont été «récompensés»...

A.C.

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Remise des prix Pinocchio 2009, par l'association Les Amis de la Terre.
Remise des prix Pinocchio 2009, par l'association Les Amis de la Terre. — Les Amis de la Terre

Le développement durable, beaucoup d’entreprises en parlent, mais peu appliquent réellement ses principes à leurs activités. Pour dénoncer les abus de communication verte, l’ONG Les Amis de la Terre organise chaque année un concours, les «Prix Pinocchio du développement durable», auquel chacun est invité à participer en votant en ligne. La remise des prix a eu lieu ce mardi, à Paris. Douze entreprises françaises étaient nommées dans trois catégories (Droits humains, Environnement et Greenwashing, ces campagnes de publicité verte pour des entreprises qui ne le sont pas réellement).

Et les grands vainqueurs sont... dans la catégorie Greenwashing, le Crédit agricole, pour sa campagne «It’s time for green banking» (non diffusée en France), alors que la banque continue à financer des projets de centrales à charbon ou d’usines de pâte à papier. Dans la catégorie Environnement, c'est l'exploitant de nickel Eramet qui remporte le prix, grâce à ses mines en Nouvelle-Calédonie et en Indonésie, qui ont un lourd impact sur l'environnement. Enfin, pour la catégorie Droits humains, c'est Somdiaa, exploitant de canne à sucre au Cameroun, qui exproprirait les populations locales qui remporte le prix.

Un budget pub supérieur au budget recherche sur les énergies renouvelables

Dans la catégorie Greenwashing, l’édition 2009 avait couronné EDF pour sa campagne «Changer l’énergie ensemble», qui voulait convaincre le grand public de l’engagement de l’entreprise dans les énergies renouvelables. En réalité, le budget de recherche et développement consacré aux énergies renouvelables est de seulement 2,1% du budget «R&D» d’EDF. Et est même inférieur au coût de la campagne publicitaire (10 millions d’euros contre 8,9 millions d’euros).

Cette année, le prix du Greenwashing aurait également pu être remis à la SNCF, l’aéroport de Beauvais-Tillé ou Renault/Dacia. La campagne «Zéro carbone» de la SNCF aurait pu lui valoir un prix: même si le train est l’un des moyens de transport qui émet le moins de CO2, il est faux de dire qu’il n’en émet pas du tout. La feuille verte utilisée par l’aéroport de Beauvais-Tillé pour sa campagne de publicité «Un autre ciel est possible», et l’allégation «respecteux de l’environnement» pour un 4x4 de Renault/Dacia leur ont valu également une nomination.

Les sables bitumineux: désespoir de l’année

Dans la catégorie Environnement, ce sont les assurances AXA, le pétrolier Total, et Alstom qui étaient en compétition avec Eramet. Alors que l’assureur «responsable» est un des titres préférés des fonds «éthiques», il continue à posséder des portefeuilles de titres comprenant des entreprises exploitant des mines de charbon ou les sables bitumineux du Canada, dans lesquels Total, autre nommé, investit massivement. Alstom, pour sa part, a décroché un gros contrat en Afrique du Sud pour une centrale à charbon.

Enfin, dans la catégorie Droits humains, on trouvait Sodexo pour la pression exercée sur les syndicats dans ses implantations aux Etats-Unis, et Orange pour la vague de suicides qui a frappé l’entreprise en 2009 ainsi que GDF-Suez pour un barrage hydroélectrique au Brésil qui entraînerait un déplacement forcé de 3.000 personnes.

Les entreprises réagissent peu à peu

Faute de pouvoir convertir les entreprises à une plus grande transparence sur leurs activités, les prix Pinocchio alertent le grand public sur les publicités abusives et peuvent faire changer, petit à petit, les pratiques des groupes nommés: l’an dernier, le Crédit agricole a ainsi revendu des actions qu’il détenait dans l’entreprise Dongfeng, fournisseur des militaires birmans.