La France accusée de participer au marché noir du thon rouge

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La folie des sushis dans le monde entier alimente un marché noir du thon pesant des milliards de dollars et où les gouvernements collaborent avec le secteur de la pêche, selon une étude publiée dimanche, qui accuse particulièrement les autorités françaises.
La folie des sushis dans le monde entier alimente un marché noir du thon pesant des milliards de dollars et où les gouvernements collaborent avec le secteur de la pêche, selon une étude publiée dimanche, qui accuse particulièrement les autorités françaises. — Emmanuel Dunand AFP/Archives

Le thon pèse des milliards de dollars, et la France prendrait sa part dans le marché noir de ce poisson en voie d'extinction. L'International Consortium for Investigative Journalists, un réseau mondial de journalistes d'enquête, est parvenu à l'issue de sept mois de recherche à la conclusion que les pêcheurs dépassent les quotas de prises en toute connaissance de cause pour alimenter un marché lucratif dominé par le Japon, malgré les menaces qui pèsent sur la survie de l'espèce.

L'enquête a couvert 10 pays, mais montre particulièrement du doigt la France, accusant le ministère de l'Agriculture et de la Pêche d'être de mèche avec le secteur pour maquiller les chiffres concernant les prises.

«Tout le monde trichait», explique Roger Del Ponte qui, avec cinq autres patrons pêcheurs français, a été assigné en justice dans cette affaire. «C'est comme sur la route. Si la police n'est pas là, je vais accélérer», dit-il dans l'enquête.

Selon les journalistes qui ont mené cette investigation, le marché noir du thon rouge de l'Atlantique occidental pesait au moins quatre milliards de dollars entre 1998 et 2007. Les calculs ont été effectués en comparant les prises réelles estimées et le niveau des quotas, et en fonction des cours du marché aux poissons Tsukiji à Tokyo.

Un système international de protection du thon contourné par les Etats

Les craintes sur les ressources mondiales en thon ont commencé à apparaître en 2007, lorsque la France a déclaré avoir pêché près de 10.000 tonnes de thon, soit presque le double des quotas alloués par la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique (Iccat), une instance de régulation.

«Nous avons découvert que le système avait échoué sur toute la ligne. Les bateaux pratiquaient la surpêche, et les responsables officiels faisaient mine de l'ignorer depuis des années», raconte Kate Willson qui a participé à l'enquête.

Face au tollé, l'Iccat a mis en place en 2008 un nouveau système pour mieux surveiller ce commerce. Mais, selon l'étude, sa base de données s'est montrée inefficace et les thoniers se sont déplacés vers des zones moins surveillées, comme l'Afrique du Nord. Le ministère français a refusé à plusieurs reprises de répondre aux questions sur le sujet, souligne Mme Willson. «Il n'y a pas moyen de savoir si la situation s'améliore. Nous sommes obligés de leur faire confiance», dit-elle.

Selon l'Iccat, les stocks de thon rouge de l'Atlantique occidental ont diminué de près de 75% au cours des quatre dernières décennies, avec une singulière aggravation entre 1997 et 2007.

Dans la perspective de la prochaine réunion de l'Iccat prévue à Paris du 17 au 27 novembre, la commissaire européenne à la Pêche, Maria Damanaki, a appelé à une réduction substantielle du quota de pêche mondial de thon rouge, actuellement fixé à 13.500 tonnes. La France s'y oppose, soutenue par l'Italie, l'Espagne et la Grèce, selon des sources diplomatiques. La Grande-Bretagne serait le seul pays européen à soutenir la position de Mme Damanaki.

L'étude montre par ailleurs que le Japon, principal consommateur de thon rouge depuis les années 1980, a pris des mesures récemment pour éviter certains excès, par exemple en gelant l'année dernière les importations en provenance de Tunisie en raison d'une traçabilité insuffisante des prises.