Prospectus contre e-mail, lequel est le plus écolo?

PLANETE Enquête sur l'impact environnemental des e-mails et des prospectus...

Audrey Chauvet

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Catalogue papier et catalogue sur internet.
Catalogue papier et catalogue sur internet. — FOURMY MARIO/SIPA

Alors que la polémique autour de la campagne Zéro prospectus de E.Leclerc oppose les imprimeurs et la filière papetière au géant de la grande distribution, 20minutes.fr a tenté de faire un comparatif des impacts environnementaux des e-mails et des prospectus. Alors, E.Leclerc, greenwasher ou écolo?

Les émissions de CO2 difficiles à estimer

Difficile de connaître la quantité exacte de CO2 émise par un prospectus. «L'impact n'est jamais le même en fonction de la multitude de paramètres qui entrent en compte. Les chiffres varient d'un imprimeur à l'autre, selon son parc machine, ses spécificités, son nombre d'employé et les trajets effectués, sa consommation d'énergie, la performance énergétique de son bâtiment... en somme, en fonction de toutes les données relatives à son bilan carbone», explique à 20minutes.fr Mickaël Rigard, chargé de communication éditoriale à l’imprimerie Villière.

Côté mail, un Britannique a calculé l’empreinte carbone des messages électroniques: 0,3g de CO2 pour un spam, 4g pour un email normal, 50g pour un email avec une pièce jointe. Là aussi, tout dépend de la manière dont les mails sont générés (envoi automatique par un ordinateur ou pas) et de leur poids en octets. L’auteur de l’étude estime toutefois qu’un email moyen a une empreinte carbone six fois plus petite que celle d’une lettre. Mais en moyenne on envoie soixante fois plus de mails que de lettres, belle illustration de l’effet rebond, qui consiste à plus utiliser un outil moins carboné.

Ressource renouvelable contre déchet électronique

Sur le site de E.Leclerc, on trouve les résultats d’une étude Ifop réalisée pour l’Ademe en 2009: près de 18 milliards d’imprimés sont envoyés en France chaque année, soit l’équivalent de 830.000 tonnes de papiers publicitaires. Par ménage, cela représente 40kg de prospectus par an qui nécessitent «20 à 40kg de bois, 200 à 600 litres d’eau, 120 à 240 kWh d’électricité, sans compter le chlore, les encres composées de matériaux lourds, les adjuvants et colorants».

Toutefois, une étude réalisée par TNS Sofres fin 2008 révèle que 62% des fibres utilisées dans la fabrication des papiers proviennent du recyclage. Le papier est le matériau le mieux recyclé en France, les fibres pouvant être intégrées jusqu’à cinq fois dans la production de nouveaux papiers. Sur le site d’EcoFolio, l’éco-organisme en charge du recyclage du papier, on explique que la production de papier recyclé consomme trois fois moins d’énergie et d’eau que celle du papier vierge. Par ailleurs, les boues de désencrage sont valorisées à 100% (62% sous forme d’énergie, 37% sous forme de matériaux de construction, et 1% sous forme d’épandage agricole). Selon l’Ademe, les rejets dans l’eau des papetiers ont été réduits de 80% en 20 ans, et plus de 2.000 imprimeries sont labellisées Imprim’Vert sur les 4.500 imprimeries françaises.

Pas de recyclage possible pour les mails. L’énergie consommée par les ordinateurs (au stade de la fabrication et de l’utilisation), les serveurs, les centres de stockage de données, etc, n’est pas récupérable. Si l’électricité utilisée provient d’énergies fossiles non-renouvelables (centrales à charbon, très fréquentes en Chine où sont fabriqués la plupart des produits électroniques), elle est très émettrice de CO2.

Quant aux déchets électroniques ménagers, les DEEE, ils représentent 16 à 20kg de déchets par an et par Français, dont seulement 5,7 kg ont été collectés en 2009. Les composants sont récupérés pour 50 à 90% selon les appareils.

Le verdict: greenwashing ou écolo?

Devant la multitude de critères à prendre en compte, difficile de comparer papier et mail. Un logiciel a été développé à cet effet par Ecopublicité: il permet de réaliser une analyse de cycle de vie de chaque campagne média, quelque soit son support. Une de ses créatrices, Alice Audouin, responsable développement durable chez Havas Media, tire une conclusion nuancée du match mail/papier: «Notre calcul prend en compte deux critères: le CO2 émis et l’effet de serre à cent ans, explique-t-elle à 20minutes.fr. Pour une campagne Web, un impact de 100 en CO2 génère un effet de serre de 100 dans cent ans. Pour une campagne sur papier certifié et recyclé, l’effet de serre ne sera que de 40 dans cent ans, car les forêts gérées durablement repoussent et compensent les émissions de CO2».

Le mieux pour l’environnement serait donc une campagne sur du papier certifié FSC ou PEFC, pour assurer le renouvellement de la ressource. Selon Copacel, la biomasse forestière en France fixe en moyenne 63 millions de tonnes de CO2 par an, soit 17% des émissions du pays. Le bois fixe mieux le CO2 s’il est en croissance, d’où l’utilité de la coupe régulière dans une forêt gérée de manière raisonnée.

Toutefois, une campagne Web, si les serveurs sont alimentés par des énergies renouvelables et qu’elle est gérée de manière raisonnée (opt-in pour éviter les envois inutiles par exemple), peut aussi être respectueuse de l’environnement: «Il n’y a pas une solution meilleure que l’autre, c’est le progrès environnemental qui est important, tranche Alice Audouin. L’action de E.Leclerc n’est valable que s’ils ne se contentent pas de remplacer, mais qu’ils entrent dans une démarche écolo sur le Web. Le choix du Web n’est pas écolo en soi».