Des chercheurs azuréens veulent mettre des algues dans votre moteur

Environnement Le CNRS et l'Inria préparent un nouveau biocarburant...

Jean Christophe MAGNENET

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L’observatoire océanologique de Villefranche a mis au point un photobioréacteur  unique au monde. Ce système de culture  des micro-algues permet de  combiner des modifications de l’environnement avec l’évolution de leur  comportement
L’observatoire océanologique de Villefranche a mis au point un photobioréacteur unique au monde. Ce système de culture  des micro-algues permet de combiner des modifications de l’environnement avec l’évolution de leur comportement — JC MAGNENET/ANP

Les automobilistes privés d'essence ces derniers jours en ont sans doute rêvé... Les cerveaux de l’Inria de Sophia Antipolis et de l’Observatoire océanologique de Villefranche élaborent un nouveau carburant... à base d’algues! «Il suffit d’extraire les lipides de ces micro-organismes pour récolter de l’huile, qui comme l’huile de colza devient du biodiesel après une simple transformation chimique», explique Olivier Bernard, qui coordonne les travaux depuis la technopole azuréenne. Et pas besoin de changer de véhicules, ce biocarburant pourra faire tourner nos bons vieux moteurs à explosion.

Le litre à 1 €
 

Depuis 2006, avec une cinquantaine de confrères répartis dans 7 laboratoires scientifiques à travers l’hexagone, Olivier Bernard tente de trouver la micro-algue idoine, qui produise le maximum de lipides pour un minimum d’énergies dépensées par leurs cultures. «Lorsque nous avons lancé ce projet, baptisé Shamash, nous étions précurseurs en Europe», précise le chercheur, rattaché à l’Inria. Cet hiver, son équipe présentera ses conclusions à l’occasion d’un forum organisé par l’Agence nationale de la recherche. «Nous avons réussi à dresser le portrait-robot précis de la micro-algue la plus efficace, révèle le chercheur azuréen. Il ne nous reste plus qu’à la trouver.» Un travail qui pourrait tout de même encore demander une dizaine d’années de recherche. Avec un objectif à atteindre : «proposer un carburant écologique qui ne dépasse pas 1€ le litre», annonce Olivier Bernard. Un petit prix sans doute bien loin de celui du baril de brut en 2020…

«Un carburant plus propre que le bioéthanol»

Le futur biodiesel élaboré à partir de micro-algues pourrait vite faire oublier les autres carburants alternatifs. «A la différence de l’essence classique, notre biocarburant rejettera dans l’atmosphère uniquement le CO² que les algues y auront consommé, comme le tournesol ou le colza», explique Olivier Bernard, le responsable scientifique du projet. «En revanche, la production d’algues n’entrera pas en conflit avec l’agriculture destinée à l’alimentation, et ne polluera pas les sols, comme les cultures intensives qui utilisent des pesticides et phytosanitaires à grande échelle. Les bassins d’élevage de ces micro-organismes pourront être installés sur des terres non utilisées, comme les salins désaffectés», précise le chercheur.

2,8 millions d’euros de budget

Cette production à grande échelle n’est tout de même pas près de voir le jour. Des essais sur des bancs-moteurs vont tout d’abord être réalisés en début d’année prochaine, avant des tests plus poussés sur des véhicules, réalisés en partenariat avec Peugeot-Citroën. «C’est l’un des rares industriels à avoir accepté de nous accompagner, regrette Olivier Bernard. Aucun groupe pétrolier ne s’est jusqu’à présent intéressé à nos recherches, pourtant uniques en France. A titre de comparaison, de groupes comme Exxon ont investi plus de 600 millions de dollars dans des travaux similaires aux Etats-Unis». Le projet Shamash, étalé sur 4 ans, dispose d’un budget de 2,8 millions d’euros.

huile alimentaire

Depuis mars 2010, 40 bus azuréens testent un biocarburant à base d’huiles alimentaires recyclées. 1er bilan : une réduction de 22 % des émissions de CO2 et de 78 % des fumées constatée sur les véhicules. « Une extension du dispositif est envisagée, dès que le carburant sera homologuée », explique Yvette Lartigau, responsable transports Nice Côte d’Azur et du département.