Peut-on parler de biodiversité sans parler de climat?

FESTIVAL DU VENT Ouverture en clin d'œil au sommet de Nagoya…

De notre envoyée spéciale à Calvi, Audrey Chauvet

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Pour la navigatrice, et présidente du WWF France Isabelle Autissier, "les poissons d'eau froide sont le dos au mur : ou ils s'adaptent, ou ils disparaissent".
Pour la navigatrice, et présidente du WWF France Isabelle Autissier, "les poissons d'eau froide sont le dos au mur : ou ils s'adaptent, ou ils disparaissent". — SIMON ISABELLE/SIPA

A Nagoya (Japon), on parle de biodiversité en essayant de faire mieux qu’à Copenhague sur le climat. A Calvi (Corse), où le Festival du vent s’ouvre mercredi 27 octobre pour cinq jours, on relie naturellement les deux sujets. Alors que les scientifiques estiment que la perte de biodiversité serait exacerbée de 20 à 30% par le réchauffement climatique, l’échec des négociations sur le climat en décembre dernier pourrait bien compromettre les engagements qui seront potentiellement pris au Japon d’ici à la fin de la semaine pour freiner l’érosion de la biodiversité.  

Les poissons d’eaux froide sont dos au mur

Les liens entre biodiversité et climat sont bien connus des scientifiques: «Quand on déforeste,  on réduit la capacité d’absorption du CO2 sur Terre», explique Jean Jouzel, climatologue membre du Giec (Groupement intergouvernemental d’experts sur le climat). Isabelle Autissier, navigatrice et présidente du WWF France (World Wildlife Fund), témoigne de ce qui se passe dans les océans: «Les espèces marines n’ont pas trop de barrières à la différence des espèces terrestres qui sont arrêtées par les routes, les villes… Donc elles bougent: les pêcheurs le disent, on ne pêche plus les mêmes espèces au même endroit. Dans le golfe de Gascogne, on pêche maintenant des poissons d’eaux chaudes. La nature répond par la migration au changement climatique.»
A ce jeu de chaises musicales, certaines espèces sont perdantes: «Les specimen d’eaux chaudes ont un terrain de jeu possible, mais celles d’eaux froides ont le dos au mur, explique la navigatrice. Ou bien elles s’adaptent, ou bien elles disparaissent».Si les espèces animales et végétales ont naturellement une capacité d’adaptation à leur environnement, elles le perdent lorsque celui-ci change trop rapidement. C’est ce qui s’est passé durant les cinquante dernières années et qui explique le rythme exceptionnellement rapide d’extinction des espèces.

Les réfugiés climatiques, premières victimes humaines

Mais il n’y a pas que les poissons des mers froides qui ont du souci à se faire. L’homme aussi fait partie de la biodiversité menacée par le réchauffement climatique: «Ma préoccupation principale, c’est la question de la souffrance humaine, rappelle Isabelle Autissier. Bien sûr l’ours blanc et la baleine sont sympathiques, mais il faut voir les conséquences du réchauffement en termes de guerres et de régimes autoritaires. La démocratie ne fait pas bon ménage avec les crises».
Une inquiétude déjà concrétisée par les premiers réfugiés climatiques: «Quand le niveau de la mer s’élève de quelques centimètres, les gens qui vivent sur les côtes sont plus soumis aux aléas climatiques, et la salinisation des terres, rend certaines espèces végétales incultivables. En Inde, il existe déjà des portions importantes de territoire qui ne sont plus habitables, et les paysans doivent déménager».
Si climat et biodiversité sont indissociables, pour Isabelle Autissier, la biodiversité doit aussi être vue comme une diversité humaine et une diversité de cultures à préserver.