Nagoya: à mi-chemin de la conférence, l'inquiétude domine

PLANETE La conférence sur la biodiversité connaîtra-t-elle la même issue que le sommet de Copenhague...

A.C. avec AFP

— 

Les participants à la conférence de Nagoya, à la sortie d'un groupe de travail, le 22 octobre 2010.
Les participants à la conférence de Nagoya, à la sortie d'un groupe de travail, le 22 octobre 2010. — SIPA

Plus que cinq jours pour aboutir à un accord. Les négociations internationales visant à freiner le rythme alarmant de disparition des espèces sur la terre patinent, sur fond de désaccords Nord/Sud. A l'issue d'une semaine de discussions à Nagoya, l'inquiétude domine avant l'arrivée des ministres. «Les progrès ont été incroyablement lents. Si les gouvernements poursuivent sur ce rythme, on pourrait se retrouver les mains vides à la fin de la conférence, a estimé Nathalie Rey, de Greenpeace. Le monde ne peut se permettre un autre Copenhague». Le sommet sur le climat de décembre 2009 s'était en effet soldé par un accord a minima, non contraignant.

«Tout ou rien» pour les pays du Sud

Les trois points clés débattus à Nagoya sont la fixation d'objectifs pour limiter la perte des espèces d'ici 2020, le niveau de l'aide financière aux pays du Sud et la mise en place d'un cadre juridique pour répartir équitablement les bénéfices tirés de l'exploitation des ressources génétiques qui se trouvent très largement dans les pays en développement.

Pharmacie, chimie, cosmétiques: avec le développement des biotechnologies, l'accès à ces précieuses ressources est devenu un enjeu de taille. Les pays du Sud, qui veulent mettre fin à la «biopiraterie», tiennent absolument à aboutir sur ce protocole baptisé ABS (accès et partage des avantages). Or ils ont clairement indiqué que sans accord sur ce point, le reste de la négociation pourrait être bloqué. Ce qui fait dire à un négociateur occidental que ce sera «tout ou rien» en fin de semaine.

Achoppements sur la rétroactivité du protocole

«Il est encore possible d'arriver à un accord ici», a jugé, au cours d'un point presse, Karl Falkenberg, directeur général de l'environnement à la Commission européenne, tout en reconnaissant que la partie s'annonçait délicate, en particulier sur le protocole ABS. «Le texte est toujours truffé de parenthèses», a-t-il déploré, évoquant en particulier la question sensible de la rétroactivité d'un tel protocole, réclamée avec force par certains pays en développement.

«Il n'y a pas de précédent en droit international où une convention serait mise en place de façon rétroactive et c'est notre position», a martelé le représentant de la Commission européenne.

Âpres débats sur les subventions néfastes à la biodiversité

Autre débat: tracer une vision à moyen terme pour enrayer l'érosion de la biodiversité sous les effets conjugués de la pollution, de la surexploitation des ressources, de la modification des habitats et du changement climatique. L'objectif fixé au début de la décennie pour 2010, une «réduction importante du rythme actuel d’appauvrissement de la diversité biologique», n'a pas été atteint. Beaucoup redoutent que le nouvel «horizon 2020» ne soit qu'un catalogue de voeux pieux.

«L'échec de la précédente stratégie est que l'objectif n'a pas été décliné concrètement sur les secteurs qui comptent: agriculture, pêche, urbanisation», souligne Sandrine Belier (Europe Ecologie), qui fait partie d'un groupe d'une dizaine d'eurodéputés présents à Nagoya. Un paragraphe, âprement débattu, propose la suppression des aides publiques qui ont un impact néfaste sur la diversité du vivant, avec, en ligne de mire, certaines subventions à la pêche et l'agriculture.

Les derniers jours de la conférence de Nagoya pourraient toutefois marquer une accélération des négociations avec l’arrivée des ministres et des chefs d’Etat.