Les cimetières, réserves de vie

PLANETE La nature s'y repose en paix...

Audrey Chauvet

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Le cimetière du Père Lachaise, à Paris.
Le cimetière du Père Lachaise, à Paris. — LAPESTEGUY/SIPA

Rien de plus vivant qu’un cimetière. Fleurs, arbres, herbes sauvages, oiseaux, insectes (et pas uniquement les vers) y trouvent la paix dont ils ont besoin en plein cœur des villes. La britannique Emma Cepek, étudiante en cinéma, a réalisé un documentaire intitulé «Beyond the grave» («Au-delà de la tombe»), sur la biodiversité qui peuple le cimetière de Manchester. Elle y a filmé les chauve-souris, les serpents et les renards, bien plus nombreux que les fantômes dans les allées du cimetière.

Des cimetières verts plutôt que gris

Derek Richardson, écologue à la ville de Manchester, a recensé des populations importantes d’oiseaux, de blaireaux, de chevreuils ainsi que de fleurs et d’insectes dans les cimetières britanniques. «Contrairement aux terres cultivées ou aux jardins, il n’y a pas d’herbicides ou d’insecticides dans les cimetières», explique l’écologue.

En France, la situation est différente: «Nous avons un souci pour les végétaux car certaines personnes n’acceptent pas les herbes folles entre les tombes. Nous sommes obligés d’utiliser des herbicides. C’est un problème culturel sur lequel nous travaillons», déplore Françoise Giboudeaux, chargée des espaces verts à la mairie de Paris. Ainsi, une exposition de photos sur les cimetières étrangers, souvent beaucoup plus végétalisés, a été installée au cimetière du Père Lachaise durant l’été 2010.

Le Père Lachaise, plus grand espace vert parisien intra-muros

Cela n’empêche pas les quatorze cimetières parisiens d’être des hauts lieux de la biodiversité. Sur les 422 hectares (intra et extra muros) qu’ils représentent, 73 sont traités comme des espaces verts. «L’entretien est différent, même s’il est important pour les allées, pour ménager l’accès au public, ou pour l’élagage des arbres, explique Françoise Giboudeaux à 20minutes.fr. La qualité de la biodiversité tient surtout au fait que nous avons des cimetières anciens très verts, très plantés. Les arbres centenaires favorisent la présence d’oiseaux nicheurs».

Des visites ornithologiques ont même été organisées au cimetière du Père Lachaise: on peut y observer des chouettes hulottes ou des pinsons du Nord. Avec ses 44 hectares, le célèbre cimetière de l’Est parisien est le plus grand espace vert parisien intra-muros. De nombreuses espèces végétales, dont deux protégées au niveau régional, y ont été recensées. On peut même y découvrir des plantes inattendues: sur la sépulture d’Antoine Parmentier, des pommes de terre ont été plantées.

Un respect qui favorise la biodiversité

Si les cimetières restent des havres de paix pour les animaux et les plantes, c’est en partie lié à un comportement particulier des promeneurs. Pas de pique-niques donc pas de déchets, et une forme de respect qui s’impose: «Les cimetières sont moins fréquentés, et même si les visiteurs passent parfois n’importe où entre les tombes, notamment au Père Lachaise, nous n’avons pas de dégradations. Les gens sont plus calmes que dans les parcs et la nature en bénéficie», témoigne l’adjointe au maire de Paris.