Nagoya: le rapport qui pourrait faire pencher l'économie vers la biodiversité

PLANETE L'économiste Pavan Sukhdev a chiffré les services rendus par la nature...

Audrey Chauvet avec AFP

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Photographie illustrant le contraire du dicton «L'argent ne pousse pas sur les arbres».
Photographie illustrant le contraire du dicton «L'argent ne pousse pas sur les arbres». — Todd Muskopf/NEWSCOM/SIPA

Le climat a son rapport Stern, la biodiversité a maintenant le rapport Sukhdev. Lancée en 2007, l'étude sur l'Économie des écosystèmes et de la biodiversité (TEEB), dont la synthèse a été rendue publique mercredi lors de la conférence internationale sur la diversité biologique de Nagoya, vise à intégrer les valeurs de la nature au processus de prise de décisions économiques. La même démarche que le rapport de Nicholas Stern en 2006 sur le climat, qui chiffrait le coût de l’inaction face au changement climatique: fournir des repères comptables pour mieux prendre en compte la nature dans les politiques publiques et les finances des entreprises.

Ce n’est pas la «panacée» mais seulement un outil

Selon le rapport Sukhdev, la boussole de l'économie mondiale doit être profondément modifiée en donnant une valeur aux services rendus par la forêt, les coraux et les autres éléments naturels, pour sauver la biodiversité et faire les bons choix d'investissement à long terme. Les auteurs rappellent la vaste étendue des «services écosystémiques», que ce soit en termes d'approvisionnement (aliments, eau douce, ressources médicales), de régulation (qualité de l'air, stockage du CO2, prévention de l'érosion, pollinisation) ou encore, soulignent-ils, en termes culturel, comme «source d'inspiration» artistique.

L'évaluation des services rendus par la biodiversité ne doit toutefois pas être considérée comme «la panacée», mais comme un outil permettant de «recalibrer» les critères de choix, dans la sphère publique comme privée. «Nous espérons que la prochaine phase après Nagoya sera un changement de politique, un changement de matrice, un changement d'attitude des consommateurs, des entreprises», explique l'économiste indien Pavan Sukhdev, qui a présidé les travaux de TEEB.

Des retombées économiques positives

Même si elle demeure une entreprise «complexe et controversée», l'estimation des coûts liés à la perte de la biodiversité au niveau mondial est un exercice utile, soulignent les auteurs. En effet, notent-ils, de nombreux exemples et études démontrent que donner une valeur aux services rendus par la nature aurait d'importantes retombées économiques positives.

Ils mettent ainsi en exergue une décision de la municipalité de New York de donner des subventions (totalisant 1 à 1,5 milliard de dollars) aux propriétaires de terres dans les montagnes proches de Catskill pour moderniser les techniques agricoles et éviter les écoulements de polluants. Cette initiative a permis à la ville d'éviter la construction d'une nouvelle usine de filtration des eaux dont le coût était estimé entre six et huit milliards de dollars.

«Faire suffisamment de bruit pour forcer les gouvernements à agir»

Le rapport souligne également que les «coûts économiques et sociaux» liés à la destruction du capital naturel sont plus marqués dans les pays en développement. Selon Sukhdev, nombre d'entre eux, Inde et Brésil en tête, commencent à intégrer cette logique de valorisation de leur capital naturel.

«Je suis très heureux de voir que les pays en développement prennent l'initiative», souligne-t-il. Cependant, met-il en garde, les dirigeants de la planète ne modifieront en profondeur leur approche vis-à-vis de la nature que sous une pression constante, et forte. «Les gens doivent faire suffisamment de bruit pour forcer leurs gouvernements à agir», estime-t-il.