Les entreprises changent la biodiversité en argent

PLANETE Les entreprises trouvent des solutions pour faire rimer biodiversité et profit...

A.C.

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Photographie illustrant le contraire du dicton «L'argent ne pousse pas sur les arbres».
Photographie illustrant le contraire du dicton «L'argent ne pousse pas sur les arbres». — Todd Muskopf/NEWSCOM/SIPA

23.500 milliards d’euros par an. Un chiffre qui fait réfléchir les entreprises: la valeur des services rendus par les écosystèmes, telle qu’estimée dans le rapport de l’économiste Pavan Sukhdev, représente la moitié du PIB mondial. Alors que débute le sommet de Nagoya sur la biodiversité, les entreprises françaises, réunies ce mardi pour un symposium organisé par l’Association des entreprises pour l’environnement (EpE), ont adressé un message aux négociateurs: elles souhaitent que la valeur de la biodiversité et des écosystèmes soit intégrée aux politiques publiques de manière systématique.

La perte de la biodiversité représenterait 7% du PIB mondial

L’érosion de la biodiversité inquiète les entreprises, mais pas par amour pour la nature: selon le rapport Chevassus-au-Louis sur «l’approche économique de la biodiversité», la perte de biodiversité, au rythme auquel les espèces s’éteignent actuellement, pourrait représenter chaque année jusqu’à 7% du PIB mondial. Car la nature est le premier fournisseur des entreprises (alimentation, matières premières, ressources génétiques) mais aussi un régulateur naturel de la qualité de l’air, de l’eau ou des pollutions, qui «corrige» les impacts néfastes des activités industrielles.

On le savait de manière instinctive, mais il a fallu chiffrer et catégoriser les services rendus par les écosystèmes pour que les entreprises les prennent réellement en compte dans leurs stratégies. Ce sont surtout les coûts de l’inaction et de la destruction des écosystèmes qui marquent les esprits: par exemple, l’épuisement des réserves en poissons pourrait mettre en péril un revenu de 80 à 100 milliards de dollars par an et 27 millions d’emplois.

Une assurance contre le «risque de biodiversité»

Mais si les entreprises ont tout intérêt à ne pas dégrader des écosystèmes qui leur rendent de multiples services, il faut tout de même que «ça rapporte», n’hésite pas à dire Elisabeth Jaskulké, membre du groupe biodiversité du Medef. C’est là que l’évaluation comptable des services rendus par la nature, censée donner une grammaire commune aux pouvoirs publics et aux entreprises, pourrait devenir un moyen de créer de nouveaux outils financiers.

D’ores et déjà, «le monde de l’assurance présente un vif intérêt pour la valeur économique de la biodiversité», explique Stanislas Chapron, de Marsh SA, entreprise de conseil en gestion des risques. En proposant des polices d’assurance permettant de se prémunir contre «le risque de biodiversité», Marsh assure les entreprises contre les coûts de réparation des écosystèmes dégradés par des accidents industriels.

Pollueur-spéculateur

En France, les acteurs économiques sont obligés, selon une loi datant de 1976, à compenser leurs impacts environnementaux. Avec le «risque» d’un durcissement de cette régulation, les entreprises s’intéressent de plus en plus aux initiatives de compensation telles qu’en propose la Caisse des dépôts et consignations ou le fonds d’investissement pour le patrimoine naturel (FIPAN). Les entreprises peuvent ainsi acheter des «actions-vie» d’un terrain pour participer à sa restauration.

Aux Etats-Unis, le système est déjà bien rodé: des banques spécialisées vendent des crédits environnementaux aux entreprises qui dégradent les écosystèmes, sur le modèle du marché carbone en vigueur en Europe: pollueur-payeur, mais aussi pollueur-spéculateur. La monétarisation de la biodiversité est en cours.