Vincent Feltesse: «La ville dense, ce n’est pas le modèle qui séduit les habitants»

Recueilli par Mickaël Bosredon

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Vincent Feltesse est le nouveau président de la Fédération nationale des agences d'urbanisme
Vincent Feltesse est le nouveau président de la Fédération nationale des agences d'urbanisme — IBO/SIPA

Les rencontres nationales des agences d’urbanisme débattront du 19 au 21 octobre à Rennes de ville durable... La ville durable, ne s’agit-il pas tout simplement de réinventer la façon dont on construisait les cœurs de ville au 19è et au début du 20è siècle?

Pendant des décennies de construction, les déplacements dans les aires urbaines étaient difficiles, on avait donc tendance à densifier, et à construire des logements près des lieux de travail. Tout cela a basculé au 20è siècle avec l’arrivée de l’auto. On s’est dit alors qu’on pouvait habiter de plus en plus loin. Mais aujourd’hui, à l’heure des bilans énergétiques, il n’y a pas photo: celui d’un immeuble est radicalement supérieur à celui d’un pavillon. La densification permet également de gagner quelques degrés et donc d’économiser de l’énergie: il existe toujours une différence de température entre la ville et le péri-urbain. L’enjeu, aujourd’hui, est de savoir comment construire la ville de demain pour qu’elle soit la plus vertueuse, sachant que la ville dense, ce n’est pas le modèle qui séduit les habitants.
 
D’autant que s’ils s’éloignent des villes, c’est aussi pour pouvoir bénéficier de plus grands logements avec jardins, inaccessibles dans les centres…

La dernière enquête de la Fondation EDF montre effectivement que 70% des Français aspirent à une maison individuelle… Je crois que c’est en expliquant bien les choses, en posant les enjeux de la ville globale, qu’on arrivera à faire basculer les mentalités. Et aussi en menant des politiques volontaristes en matière de construction. Sur l’agglomération de Bordeaux nous allons quasiment multiplier par deux la production annuelle de logements d’ici à 2013, de 5000 à 9000, afin de faire passer l’aire urbaine de 750.000 à 1 million d’habitants d’ici à 2020. Cette politique s’accompagne par la construction de 30 km de lignes de tramway supplémentaires. Je reviens de Stockholm, où 70% des déplacements se font en transport public. A Bordeaux, comme dans la plupart des grandes agglomérations françaises, c’est à peine 20%. Nous avons une belle marge de progression.
 
A partir de 2013 tous les bâtiments neufs, y compris les logements sociaux, devront être construits en basse consommation, c’est-à-dire consommer moins de 50 kW/heure au m2. Est-ce que cela va modifier les politiques d’urbanisme, notamment en raison du surcoût de construction?

Sur cette question il y a une forte capacité d’adaptation de la filière du BTP. Il y a quelques années le surcoût se chiffrait à 15%, maintenant on l’estime à 5-7%. On arrivera très vite à trouver un modèle équilibré. L’enjeu principal se situe sur l’existant. Stockholm s’est attaqué avec succès à la rénovation de son patrimoine, et a réussi à diviser sa consommation énergétique en appliquant des mesures de bon sens, comme équiper les fenêtres de double-vitrage… Mais il est vrai qu’une fois ces quelques mesures réalisées, isoler le patrimoine ancien, surtout quand il s’agit de patrimoine historique, c’est compliqué.