Le gaspillage alimentaire, privilège de pays riches

PLANETE Nos poubelles sont remplies d'aliments non consommés...

Audrey Chauvet

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Usine d'incinération des déchets ménagers à Marseille.
Usine d'incinération des déchets ménagers à Marseille. — TSCHAEN/SIPA

Un yaourt périmé, une tranche de jambon en trop, une salade plus très fraîche... Nos poubelles sont remplies d’aliments non entamés, voire encore emballés: chaque année, un Français jette en moyenne sept kilos de nourriture. A la veille de la Journée mondiale de l’alimentation, samedi 16 octobre, le réseau associatif France Nature Environnement (FNE) dénonce le gaspillage de nourriture dans les pays industrialisés, alors que près d’un milliard d’êtres humains dans le monde ne mangent pas à leur faim.

17% du réveillon de Noël dans la poubelle

Le gaspillage commence bien avant la sortie du réfrigérateur. Si l’on compte les productions agricoles qui n’atteignent jamais les étals et les pertes au cours du circuit de distribution, c’est environ 55% de la production agricole mondiale qui serait perdue, selon FNE. Dans les pays riches, les pertes ont plutôt lieu en bout de chaîne, avec le gaspillage lié aux dates de péremption ou à l’aspect esthétique des produits en magasin, tandis que dans les pays en développement ce sont les mauvaises conditions de récolte ou de transport qui condamnent les produits à la poubelle.

Selon une étude menée par Bruxelles Environnement (l’administration de l’environnement de la région de Bruxelles), le gaspillage connaît un pic en Europe au moment des fêtes de fin d’année: 17% des victuailles de Noël sont jetées.

174 euros par an jetés aux ordures

Au-delà de l’aspect «immoral» de ce gaspillage, jeter la nourriture a aussi des impacts importants sur l’environnement. La production alimentaire représente une grande part des émissions de gaz à effet de serre dans le monde: une étude britannique du WRAP (Waste and resources action programme) montre que réduire de moitié le gaspillage alimentaire en Grande-Bretagne reviendrait à ôter une voiture sur cinq des routes.

La production agricole est également responsable d’une consommation d’eau importante (16.000 litres d’eau sont nécessaires pour produire un kilo de viande rouge) et coûte cher au consommateur: en Belgique, chaque année, c’est l’équivalent de 174 euros de nourriture par ménage qui sont jetés.

A-t-on besoin de «deux pour le prix d’un»?

Pour inciter les Français à agir contre ce gaspillage, FNE propose quelques gestes simples: mieux conserver les aliments (par exemple, en arrosant de citron un fruit entamé), préférer acheter en vrac ou à la coupe pour n’acheter que la quantité dont on a besoin, savoir décrypter les dates de péremption («à consommer de préférence avant le» ne veut pas dire la même chose que «à consommer jusqu’au») et savoir résister aux offres promotionnelles «Deux pour le prix d’un»...

Les ménages ne sont toutefois pas les seuls responsables: magasins et restaurateurs peuvent aussi agir pour réduire leurs déchets. Selon une étude menée par l’A.N.D.E.S. (réseau des épiceries solidaires), en 2008 seuls 8% des fruits et légumes retirés des marchés français sont distribués à des associations caritatives. Il reste donc du travail pour organiser des réseaux de collecte et de distribution.

«A consommer jusqu’au» est une date limite de consommation (DLC) qui s’applique à tous les produits préemballés très périssables et susceptibles de présenter, après une courte période, un danger pour la santé. Les commerçants ont l’obligation de retirer de la vente les produits dont la DLC est dépassée.

«A consommer de préférence avant le» est une date limite d’utilisation optimale (DLUO): si elle est dépassée, le produit n’est pas pour autant périmé mais le fabricant n’en garantit plus la qualité organoleptique (moins de goût, plus mou, plus sec,...). Le produit reste consommable et peut être maintenu à la vente.

Source: DGCCRF