Des idées simples pour changer le monde

PLANETE Ce sont les entreprises sociales de l'année...

Audrey Chauvet

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Mohammad Yunus, créateur du micro-crédit au Bangladesh et prix Nobel de la paix, à Paris en février 2010.
Mohammad Yunus, créateur du micro-crédit au Bangladesh et prix Nobel de la paix, à Paris en février 2010. — MEIGNEUX/SIPA

Transformer l’huile de friture en carburant, favoriser l’accès aux marchés pour les entrepreneurs des quartiers, aider les malades du cancer à lutter contre leur maladie ou inciter les jeunes à mener des actions de solidarité près de chez eux: la promotion 2010 des entrepreneurs sociaux, révélée jeudi, œuvre chaque jour pour que l’économie se penche sur les problèmes sociaux et environnementaux. Récompensés par Ashoka, réseau de soutien pour l’entrepreneuriat social, les douze lauréats de l’année ont des projets très différents mais une conviction commune: on peut changer le monde avec des idées extrêmement simples.

«Les Trente curieuses»

Grégory Gendre habite à Ouessant. Sur ce bord de mer touristique, les restaurants produisent chaque jour des kilos d’huile de friture. Pour Grégory, l’idée de lutter contre le changement climatique en récupérant cette huile pour faire rouler des véhicules tombait sous le sens: «On est plus dans les Trente glorieuses, mais dans les Trente curieuses», explique le jeune entrepreneur.

Car c’est bien l’envie de faire autrement, d’explorer de nouvelles pistes, qui réunit tous les entrepreneurs sociaux, de Tobias qui veut inciter les villes du monde entier à adopter un jour végétarien par semaine, à Anne qui lutte contre la mortalité infantile au Mali, ou encore Majid qui veut mettre en relation les grandes entreprises avec les petites PME de banlieue: «On a trouvé les points de croissance qui manquent à la France: ils sont de l’autre côté du périphérique!».

Encore un manque de reconnaissance

Si l’entrepreneuriat social déborde d’énergie, il est encore peu connu. Selon une enquête réalisée par OpinionWay pour Ashoka, seul un Français sur quatre connaît l’entrepreneuriat social et 11% seulement des entrepreneurs du secteur estiment être assez reconnus. Un problème d’incarnation selon les enquêteurs: le créateur du micro-crédit au Bangladesh et prix Nobel de la paix Mohammad Yunus, considéré comme le «père» de l’entrepreneuriat social, n’est connu que de 12% des Français.

Toutefois, Arnaud Mourot, directeur général d’Ashoka en France, a surtout peur d’un «effet de mode»: «Il faut continuer à être innovant, l’entrepreneuriat social ne doit pas être une case», explique-t-il.

Encore beaucoup de travail à accomplir

Des succès comme Unis-cité, qui a inspiré le service civique, MozaïkRH, agence de ressources humaines favorisant la diversité en entreprise, ou Pur Projet, le compensateur carbone lancé par le fondateur d’Alter Eco (commerce équitable) Tristan Lecomte, devraient permettre à l’entrepreneuriat social de gagner en notoriété.

En attendant d’être largement reconnus, les jeunes entrepreneurs retroussent chaque jour leurs manches pour trouver des solutions innovantes aux problèmes pressants de nos sociétés.